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Extrait : Chapitre 2, p. 37 à 48

 

HOCKMAH, LA SAGESSE DES KABBALISTES

Hockmah est un terme hébreu qui veut dire "sagesse"; dans la Kabbale ce terme va beaucoup plus loin car il représente la référence mystique du kabbaliste. La Kabbale est la voie de réalisation de la "H'ockmah nitsarah", la "Sagesse occulte". Pour le kabbaliste, la H'ockmah n'est pas une simple conception philosophique abstraite, mais une réalité primordiale, dont l'expérimentation amène à la réintégration divine. Le mystique se doit d'orienter ses efforts en permanence vers ce but divin, sans jamais défaillir.
Il est nécessaire de bien comprendre ce qu'est la véritable H'ockmah, afin d'apprendre à la reconnaître. Le sens étymologique de "Kabbalah" est "réception", et pour recevoir il faut un réceptacle : "Beith-Kiboul". Le plus haut des réceptacles divins, c'est la H'ockmah ; rien ne peut la limiter, elle sert de référence à l'univers entier. Pour la réaliser, le kabbaliste ne doit jamais oublier cet axiome : "La H'ockmah est un réceptacle qui ne saurait être limité, PLUS ON LE REMPLIT, PLUS IL PEUT ÊTRE REMPLI". C'est une clé universelle, et la différence qui existe entre le monde matériel et le monde divin. Un réceptacle de nature matérielle est systématiquement limité ; par exemple, si on rempli un verre d'eau, lorsqu'il est plein il déborde ; de même si l'on mange, aussi grandes soient notre faim et notre gourmandise, la capacité du corps est limitée. Par contre, on peut "manger des yeux", et là notre capacité est seulement limitée par l'imagination, mais limitée tout de même ; en passant dans le domaine de l'esprit, notre capacité est démultipliée. C'est à travers les degrés de l'âme que l'on découvre l'infini.
A la différence des réceptacles précédents, la H'ockmah ne connaît aucune limitation. Plus elle se remplit et plus elle peut être remplie, systématiquement le contenu se transforme en contenant. Le kabbaliste ayant réalisé la H'ockmah Elyon (Sagesse supérieure) vit en perpétuelle expansion de conscience et inonde le néant de sa lumière, ceci à l'image du cosmos tout entier.
La Kabbale appelle aussi la H'ockmah : "Moh'a", le cerveau, car notre cerveau est le reflet de la Sagesse. Notons d'ailleurs que les deux lettres qui composent le mot "moh'a", Mem (m) et H'eith (c), sont les initiales des deux racines qui forment le mot "H'ockmah" : KK et MH. Si l'on observe l'évolution d'un cerveau, au commencement il est vide mais possède une potentialité. Le seul fait d'exister lui apporte une première connaissance qui, associée à la potentialité, lui permet la découverte d'une nouvelle connaissance ; et ainsi de suite jusqu'à l'acquisition de milliers, puis de millions de connaissances. Le cerveau répond à cette loi d'expansion, non pas en tant qu'objet physique, mais en tant qu'esprit. C'est en assimilant des connaissances qu'on peut en générer de nouvelles. De même, c'est en développant des qualités que l'on en fait naître d'autres.
Les niveaux d'existence se limitent les uns les autres ; en général (c'est-à-dire si on ne fait rien pour que ça change), la matière limite l'esprit en agissant à la manière d'une ancre marine ; c'est la loi d'involution. Un cerveau, aussi agile soit-il, ne pourra correctement se développer si le corps qui le porte se limite à ses instincts, ou s'il est trop faible pour aller vers le savoir. De la même manière, l'âme ne s'épanouira pas correctement si le centre de gravité existentiel descend trop profondément dans la matière. C'est pourquoi il est capital de faire évoluer en permanence ses niveaux de conscience par des exercices spirituels. Leur rôle est de lutter contre les perpétuelles auto-limitations dont les humains semblent raffoler.
S'auto-limiter, c'est marquer la frontière de son propre néant. Pour les kabbalistes, ce néant porte le nom de "Eyin", c'est-à-dire "rien". Eyin est le plus haut nom que les kabbalistes donnent à Dieu, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne croient pas en Dieu. Ce "Eyin" pourrait être un zéro, mais le zéro n'existe pas en hébreu ; ce qui est logique car le fait de nommer ou de former la notion de rien, c'est lui donner une existence, donc ce n'est plus zéro. Eyin, c'est autre chose ; si on voulait le comparer au zéro, il faudrait le comparer plutôt au zéro informatique des langages-objets, comme le "Postscript" par exemple. Dans un programme, si une chaîne de caractères comporte un zéro, c'est juste pour remplir l'espace, un lieu réservé dans lequel des informations viendront plus tard. Eyin est cet espace réservé, qui n'est rien, et attend d'apprendre qu'il est. C'est pourquoi si on permute "Eyin" en "Ani", on obtient "je", "moi". C'est-à-dire que dans le "rien" il y a le potentiel de l'existence. Ce "Je" sait qu'il existe, mais comme il ne reçoit pas le reflet de son existence, il est "rien". De même, là où ma connaissance ne reçoit plus l'image de ce qu'elle émet, il y a néant et je dis : "ça n'existe pas". La fin de ce néant s'appelle l'Eyin-Sof, la limite du néant, c'est-à-dire l'infini. A ce stade le "Eyin" s'arrête, il reçoit l'image de lui-même et passe dans l'existence. Ceci concerne la création entière et nous touche directement. Il faut comprendre que l'Eyin est aussi quelque chose de personnel : nous avons tous notre propre néant et nos auto-limitations. En fait, notre néant commence où nos auto-limitations nous arrêtent ; après cette limite nous ne pouvons ni concevoir ni comprendre. Imaginons quelqu'un qui se dirait :"Je ne suis que ce corps de chair. Au-delà de ma forme rien n'existe". Le néant de ce personnage commencerait, pour ainsi dire, "à fleur de peau". Ceci est, bien sûr, un cas extrême ; mais si on y prête attention, nous nous comportons tous ainsi à différents niveaux de notre existence.
La plus courante des auto-limitations est l'identification à sa petite personnalité, ce fameux "Moi je" qui fait tant de ravages sur cette planète, bien trop petite pour en contenir un seul. La petite personnalité, dans ce cas, n'est pas un réceptacle évolutif ; et n'étant pas harmonieuse, elle a besoin pour se nourrir de forces lourdes, telles que : la vanité, l'orgueil, l'envie, la jalousie, etc.. Et ce au détriment de l'amour, du sentiment de l'unité, de l'humilité et de l'harmonie. L'identification à la petite personnalité, bien que difficile à maîtriser, est l'une des auto-limitations les plus faciles à repérer, avec un peu d'honnêteté et de recul. Mais la vie de tous les jours montre que les auto-limitations sont innombrables et dérivent les unes des autres. On peut rencontrer, au hasard des situations : l'identification raciale, politique, religieuse, philosophique, nationale, planétaire, etc...
L'auto-limitation arrêtant la possibilité d'évolution et de dépassement, il est donc nécessaire de garder une constante réceptivité, de manière à participer à l'expansion. C'est le véritable sens de "Kabbale", en tant que réception. Recevoir la lumière divine afin de repousser les limites du néant ; et surtout, ne pas se laisser enfermer, de manière à ce que le néant ne puisse nous désagréger et nous réduire progressivement à rien.

LA SPHERE SPIRITUELLE

La lumière de l'Eyin-sof poursuit son gigantesque mouvement d'expansion qui transforme le Eyin en Eyin-sof. C'est un mouvement évolutif de croissance qui ne cesse jamais. S'il venait à cesser ou ralentir, le néant se reformerait progressivement et réduirait les dimensions de l'Eyin-sof ; la création entrerait en involution. La lumière de l'Eyin-sof ne semble pas avoir le pouvoir de décider d'arrêter son expansion, sa nature profonde étant de rayonner davantage. Cette lumière, issue de l'unité, participe à la dualité ; mais reste unique donc sans libre-arbitre, car elle tire sa force de "l'avant création", du monde de l'unité. Par contre le monde de "l'après création" est duel, c'est le monde de la double nature, et il possède la liberté du libre-arbitre. Le monde humain fait partie de ce monde de la dualité et possède le choix extraordinaire de faire ou de ne pas faire, d'agir ou de ne pas agir. Le monde de la dualité et du nombre apporte en permanence une multitude de choix, et notre devoir est de faire le bon. Des règles morales sont posées par toutes les traditions et toutes les religions pour aider au bon choix et se placer du côté de la lumière. Nous avons la possibilité de faire ou de ne pas faire ce choix ; si nous le faisons, nous permettons à notre existence de participer au grand mouvement évolutif. Par contre, si nous ne le faisons pas, notre lumière cesse de grandir et le néant grignote notre sphère d'existence.
Face à ce choix, la Kabbale partage la création en côté droit et côté gauche. Le Zohar (I, 48a) attribue les racines de l'impureté au côté gauche : "Tels sont les êtres à la création inachevée qui dans le côté gauche ressemblent aux scories de l'or. Ainsi, étant inachevés et fêlés, le Nom Saint ne réside pas en eux, et ils ne peuvent s'y attacher". Le côté gauche est le monde de "l'après création" ; les scories impures qui s'y trouvent font réapparaître le néant. Il ne faut pas comprendre par là que le néant est impur ; bien au contraire, c'est le non-acte qui, permettant au néant de revenir, est impur. D'ailleurs, la pureté fait aussi partie du côté gauche, car si on connaît ce qui est pur, c'est parce qu'on sait ce qui est impur. De même, on connaît le bien parce que c'est ce qui n'est pas mal ; donc nous nous servons des deux plateaux d'une balance. Le côté droit est celui de la sainteté et de l'unité, et les notions de bien et de mal ou de pur et d'impur ne s'y posent pas. Il n'y a pas de libre-arbitre dans le côté droit.
Dans le livre de la Genèse, l'architecte de la création est Elohim, nom qui est au pluriel. Non pas qu'il s'agisse de plusieurs "dieux", mais parce qu'il a le pouvoir de démultiplier. C'est lui qui "voit que cela est bon", car il connaît déjà ce qui est mal ; il est le bâtisseur du monde duel de l'après création. Le Zohar dit : "Elohim a créé pour faire, afin de les compléter dans l'En-Haut comme dans l'En-Bas". Le fait d'avoir été créés nous impose d'agir, de participer à la vie, mais le monde duel nous offre la possibilité de le faire ou de ne pas le faire.
Les racines de la douleur et du désespoir naissent de l'inaction, ou du choix de laisser faire. Lorsque nous choisissons de nous développer et de favoriser le rayonnement de la lumière, nous amplifions notre sphère de spiritualité. Cette dernière nous apporte une grande force intérieure et nous permet de supporter plus facilement la douleur du monde de l'En-Bas. Quelqu'un dont la sphère spirituelle est parfaitement développée ne connaît jamais le désespoir et le vide intérieur. Chaque fois qu'une difficulté du monde l'atteindra, il ne se laissera pas engloutir, il tirera immédiatement l'antidote de ses ressources intérieures. Le monde extérieur aura moins d'effet sur lui, car il n'aura pas construit sa vie sur ce qui est appelé à disparaître et sur des réceptacles limités.
D'un autre côté, quelqu'un qui arrête d'agir, qui "ne fait plus", permet au néant de revenir vers lui. Progressivement sa sphère spirituelle rétrécit ; à tel point qu'il arrive un temps où son espace intérieur est si réduit qu'il n'y a même plus de place pour lui. Alors il n'a plus de choix ; en quelque sorte il perd son libre-arbitre et se trouve expulsé hors de lui-même. Il est en exil hors de son existence, et commence à tourner sans but dans une sphère extérieure où il passe son temps à se chercher. A ce stade il est soumis à la douleur, au désespoir et à tous les maux du monde. Il se cherche à travers les autres et les formes. Sa douleur est constante car il place son désir dans des réceptacles limités, appelés à disparaître rapidement. La perte d'un simple objet, tel qu'un stylo, peut lui créer de la douleur. Dans cette situation, un être perd complètement la force d'agir, et a souvent besoin d'une aide externe que seul quelqu'un dont la sphère spirituelle est développée pourra lui apporter.
Le Rabbi Nah'man de Breslev enseignait que dans cette situation, il faut faire un acte minimum permettant de remettre le processus évolutif en route. Pour cela il faut prier, mais la personne en exil en a rarement la force. Alors il disait : si on ne peut pas dire une prière entière, il faut au moins en répéter les premiers mots. Il n'est pas sûr que l'on y parvienne du premier coup ; c'est pourquoi il faut pratiquer l'Hishadlouth, c'est-à-dire l'effort, l'essai. Le développement de la sphère spirituelle qu'est la H'ockmah s'obtient par l'effort ; dans la mystique cette volonté s'appelle "Hishtadlouth". Ce terme vient de la racine "shidél" dont le sens est "exhorter", "encourager" ; en le permutant, ce mot devient "lishéd", "revigorer", "monter la sève". La permutation dans un autre sens donne "shéléd", le "squelette", la charpente sur laquelle l'existence repose. L'Hishtadlouth est l'effort qui sert de charpente à notre force vitale et spirituelle.
Il est écrit : "par sept fois le juste s'affale et il se relève" ; Rabbi Nah'man commentait cette phrase en disant que le juste n'est pas celui qui ne chute jamais, car tout le monde tombe, mais le juste se relève. Cette forme de mystique nous apprend à ne jamais rester passif devant les événements, et surtout, qu'une demande dans une prière doit être accompagnée d'efforts concrets. Il faut partir du principe que Dieu est toujours prêt à nous combler de dons, mais c'est à nous de former le réceptacle pour les accueillir.
Si nous nous retrouvons en exil dans le désert de notre passivité, il faut nous rappeler que l'essai en lui-même est d'une très grande valeur. La raison de notre incarnation est justement d'essayer ; le simple fait d'essayer est déjà une victoire. Nul ne peut dire qu'il est malheureux s'il n'a pas essayé de toutes ses forces et de toute son âme d'être heureux. Car tous les potentiels dorment en nous, il suffit de les appeler sincèrement.
Le Rabbi Nah'man de Breslev disait : pour débloquer la force de réaction pour toutes les situations et tous les conflits intérieurs, il faut répéter "Ribono Shél Olam", "Maître de l'univers". Cette courte formule doit être répéteé le plus souvent possible ; l'idéal est d'arriver à trois mille répétitions, afin de mettre en action un premier effort d'ouverture, chasser le vide intérieur et le désespoir.
La Kabbale désigne l'état d'exil hors de la sphère d'existence vraie par l'expression "Moh'in dekatnouth", le retrécissement de conscience. Cet état est pratiquement celui dans lequel se trouvent toutes les personnes dans la vie active moderne. L'éveil de la sphère spirituelle par la pratique mystique et la prise de conscience de la vérité de l'existence, s'appelle "Moh'in dégadlouth", l'expansion de conscience. Ce dernier état s'obtient principalement par la pratique de la méditation. L'état de "Moh'in dekatnouth" est une auto-restriction, un Tsimtsoum négatif, que chacun a tendance à produire sur lui-même. Seulement, contrairement à l'acte divin évolutif, cette restriction est négative car elle aveugle et disperse. L'espace créé par cette auto-limitation, restant vide, produit d'immenses déséquilibres parce que la nature a horreur du vide. Par contre le "Moh'in dégadlouth" favorise l'isolement et restreint la dispersion de l'être en le réunifiant. Cette restriction des forces de dispersion permet la réunification intérieure et l'expansion de la conscience.

LE TSIMTSOUM

Le Tsimtsoum est l'un des plus importants concepts philosophiques de la Kabbale, mais il a été une des grandes sources de confusions de la part de beaucoup. Cette doctrine explique l'auto-restriction de la lumière divine par un acte de libre volonté, afin de laisser une place à la création. Littéralement, "tsimtsoum" veut dire "restriction", "réduction", avec aussi une idée de "contraction". Ceci est bien montré en hébreu moderne avec le mot "tsimtsém", "restreindre", "réduire", qui a donné naissance au mot "tsamtsam", le "diaphragme", et illustre à la perfection le mouvement du "Tsimtsoum". La constitution du mot est intéressante car "tsam" est la "soif" et "tsoum" le "jeûne" ; ceci montre parfaitement l'état de manque et de vide créé par le "Tsimtsoum". La guématria peut aussi nous informer sur ce mot : la mispar gadol est égale à 266 et la mispar katan à 32. Le nombre 32 rappelle les trente-deux sentiers de la Sagesse, et la création du Tsimtsoum dans l'espace, à travers les 32 répétitions du nom d'Elohim du premier chapitre de la Genèse . La valeur 266 est celle de "sour" qui veut dire : "séparé", "éloigné", "exilé", mais aussi "sor", "la nature", "l'essence de toute chose".
Nombre d'historiens ont pensé, à tort, que le Tsimtsoum est une doctrine issue des enseignements d'Isaac Louria. De nos jours, la connaissance plus claire de vieux enseignements nous montre d'autres origines, par exemple dans le Bahir (25) : "Rabbi Berekiah dit : Pourquoi est-il écrit : "et Elohim dit : "Yehi or va-yéhi or" et non pas "ve-haiyah or" que la lumière soit, et la lumière fut ? Ceci se compare à un roi qui possédait un bel objet. Il le mit de côté jusqu'au moment où il lui fut désigné (par Dieu) un endroit où le placer. C'est ce qui est exprimé par le mot vayéhi : fut. Cela veut dire que la lumière était déjà là.". Ce verset explique que la lumière existait avant, mais qu'il n'y avait pas de place pour elle ; sa place a été désignée pour qu'elle soit révélée. Cette "lumière" qui était déjà là est une référence au "fil" de lumière mentionné dans l'Etz H'ayim.
Pourtant la formulation la plus claire de la doctrine du Tsimtsoum se trouve dans les écrits du Rabbi Isaac Louria (1534-1572), plus connu sous le nom de "Ari", qui a dirigé la grande école de Kabbale de Safed. Il décrit le processus dans son "Etz H'ayim" (Arbre de vie), de cette manière : "Avant que toutes choses soient créées... la lumière (Aur) suprême était unique et remplissait toute l'existence. Il n'y avait aucun espace vide (Eyin)... Lorsque l'Unique a décidé de créer tous les univers... Il a restreint la lumière en délimitant des bords (Sof)... à l'origine d'un espace de vacuité...... Cet espace était parfaitement rond... Ensuite cette restriction prit place... Il y eut un endroit dans lequel toutes choses purent être créées... Il dessina alors une ligne unidirectionnelle d'Infinie Lumière (Eyin-Sof Aur)... et l'inséra dans l'espace de vacuité... C'est à travers cette ligne que l'Infinie Lumière atteignit l'En-Bas...".
Littéralement, la notion de Tsimtsoum est franche et sans détour. Le Dieu unique a "retiré" sa Lumière pour former un espace de vacuité dans lequel sa création prendrait place, à travers le fil d'Infinie Lumière. Ce concept est virtuel ; tous les anciens kabbalistes s'accordent pour dire que le Tsimtsoum ne peut être pris littéralement, car il est pratiquement impossible de déterminer un espace pour un Dieu que nous ne saurions limiter. Ils préfèrent plutôt parler dans un sens conceptuel, car si Dieu a tout rempli de sa perfection, l'homme n'a aucune raison d'existence. Dieu a restreint son Infinie Perfection pour donner une place à ses créatures et leur accorder la liberté d'accomplissement. Les Kabbalistes ont relevé un autre point important : il s'agit du fait que le Tsimtsoum n'a pas pris place dans l'essence divine, mais dans sa lumière. Cette lumière a été la première chose véritablement créée, et elle représente le pouvoir créateur de Dieu lui-même.
La doctrine du Tsimtsoum contient deux paradoxes. Le premier est le plus complexe car il décrit l'immanence et la transcendance de Dieu : puisque Dieu a enlevé sa Lumière de l'espace de vacuité, celui-ci doit donc être vide de son Essence, mais pourtant Dieu remplit cet espace, puisque "il n'y a pas d'endroit vide de Lui". Le point principal ressortant de ce paradoxe est que cet espace est seulement "sombre" et "vide" par rapport à nous, un peu à l'image du Tohou-Bohou. Le Zohar parle de la "lampe d'obscurité", car ce qui est pour nous "obscurité" est une "lumière" pour Dieu. En effet, le Zohar reprend lui aussi la doctrine du Tsimtsoum (dans 1 Bereshith 15a) :"D'emblée l'autorité du Roi sculpta la trace de son retrait dans la luminescence suprême. Une Lampe d'obscurité jaillit du frémissement de l'infini, dans le Secret de son Secret. Telle une forme dans l'informe, inscrite sur le sceau..".
Le second paradoxe montre que Dieu doit être dans le monde ; mais s'il ne se restreint pas en lui-même, toute la création est rendue confuse par sa Présence et son Essence. Ce paradoxe et sa solution sont exprimés par un verset du Bahir (54) : "Ceci se compare à un roi qui avait une fille bonne, agréable, belle, parfaite. Il la maria à un prince, la vêtit richement avec couronne et parures. Il lui donna une grande dot. Le roi peut-il désormais vivre en dehors de sa maison ? Tu as dit : Non. Lui est-il possible de rester toute la journée avec elle ? Tu as dit : Non. Que fit-il ? Il aménagea une fenêtre entre lui et elle, et chaque fois que la fille a besoin de son père ou le père de sa fille, ils communiquent à travers cette fenêtre...". Ici, le Roi représente la H'ockmah (Sagesse), et la fille , la Malkouth (Royaume), l'archétype du féminin. Elle est la fille qui a donné naissance à toutes choses. Le Roi s'auto-restreint, et laisse une "fenêtre" à travers laquelle il peut communiquer avec sa fille ; cette fenêtre restreint l'espace, mais peut être ouverte à souhait. C'est la lettre Hé de communication du Tétragramme, dont il est dit qu'elle représente les cinq niveaux de l'âme ; ils sont voilés mais servent de "fenêtre" vers Dieu. Ce verset du Bahir dit que la Fille du Roi est cachée, non seulement du Roi, mais aussi de nous.
Ces personnifications : père, mère, fille sont aussi représentatives de la doctrine du Zohar. Traditionnellement, chaque sephirah désigne ainsi une personnification divine :
Kéter est l'Atika Kadisha, le Vieillard sacré ; ou encore Arik Anpin, le Grand Visage (Longanimité). Le niveau de l'âme correspondant se situe dans l'Adam Qadmon et s'appelle la Yéh'idah, l'unité.
H'ockmah est Abba, le Père. Le niveau de l'âme correspondant se situe dans le monde d'Atsilouth et s'appelle la H'ayah, la vitalité.
Binah est Imah, la Mère. Le niveau de l'âme correspondant se situe dans le monde de Beriah et s'appelle la Néshamah, la respiration.
Les six suivantes forment Zéir Anpin, le Petit Visage (Humeur courte). Le niveau de l'âme correspondant se situe dans le monde de Yétsirah et s'appelle la Roua'h, l'esprit. Le Zéir Anpin peut s'associer à la personne du fils.
Malkouth est la Nequévah, la Femelle, que la symbolique associe à Rachel. Le niveau de l'âme correspondant se situe dans le monde d'Assyah et s'appelle la Néfesh, l'âme.

Copyrigth : Georges LAHY 1993, ISBN 2-907127-01-2