Entretiens 11 et 12 sur le Zohar
En ce qui concerne notre aptitude à lier chaque voie avec En-Sof, j'ai trouvé un passage intéressant dans la «Sagesse du Zohar». Dans le chapitre intitulé, «Atika Kadisha et Zéir Anpin» (où Atika Kadisha est «l'étendue cachée d'Ein-Sof et de Kéter") il est écrit : "Et [Atika Kadisha] n'est pas dans le nombre, ou dans la pensée ou dans le calcul, mais dans la dévotion du coeur.» (P. 335) Dans la note du mot «coeur» il est écrit: «Il n'est pas possible d'approcher En-Sof uniquement par la dévotion du coeur, mais aussi par la perception intellectuelle ou par les mots des prières. Quelqu'un qui prie l'Ein-Sof commet un péché, et c'est la signification de "Que je ne pèche pas avec ma langue." Ceci représente pour moi une personne habilitée à établir une relation avec l'Ein-Sof. Nous pouvons avoir un certain sens de l'Infini. Nous ne pouvons pas le percevoir avec nos facultés intellectuelles ni même avec nos spirituelles (tout au moins par les conventions de la prière habituelle) mais nous pouvons en ressentir la Présence. Nous pouvons toucher ses confins extérieurs de restriction. Il est frappant de constater la façon dont il nous permet de réaliser que nous pouvons saisir/sentir le mystérieux tremendum, l'Immuable Unité Ineffable du Tout.
Pour cet entretien, je demande que nous regardions au chapitre «Couleurs et Lumières» dans le volume I. Il peut être trouvé dans Zohar II, 23a-23b : Rabbi Siméon se trouvait un jour en compagnie de Rabbi Éléazar, son fils, et de Rabbi Abba. Rabbi Eléazar dit à son père: Pourquoi l'Ecriture dit-elle: « J'ai apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob sous le nom de El Shaddaï au lieu de: «J'ai parlé à Abraham, Etc». (Exode 6:3) ? Rabbi Siméon lui répondit: Eléazar, mon fils, ces paroles cachent un mystère suprême. Remarquez qu'il y a des couleurs visibles et des couleurs imperceptibles; les unes et les autres sont l'emblème du mystère suprême de la Foi, alors que les hommes ne le savent ni ne l'examinent. Si les hommes ont été juges dignes d'apercevoir les couleurs visibles, c'est grâce aux patriarches. C'est pourquoi l'Ecriture dit: «....J'ai apparu à Abraham, etc», ce qui veut dire: Dieu daigna leur montrer le degré céleste désigné sous le nom de Shaddaï; mais nul homme, excepté Moise, n'a jamais pu parvenir à contempler les couleurs imperceptibles. C'est pourquoi l'Ecriture dit: « ... Mais je ne me suis point fait connaître à eux sous le nom de Yhwh »
De ce passage, nous pouvons apprendre l'importance des couleurs en tant que symboles des Séphiroth. Cette connaissance ésotérique des couleurs est assez ancienne et connue probablement autrefois uniquement d'adeptes de la Kabbalah. Une excellente discussion de cet important sujet kabbalistique peut être trouvée sur les pages 290-292 du volume I. En voici le texte : «Le symbole fondamental et le plus communément employé dans le Zohar est, comme son nom l'indique, celui de la lumière et de la splendeur.... Chaque maillon dans la chaîne des Séfiroth est dépeint comme un nouveau jaillissement de lumière; la descente de l'influence divine est un torrent de lumière; et la totalité du monde de l'émanation est une mer de splendeur brillante .... La différenciation entre les lumières de l'émanation se produit par leur coloration par le kav ha-middah (la mesure standard), qui agit dans le domaine de la première Séphirah ...
Les couleurs que l'on trouve couramment dans le Zohar sont celles de Hessed, Gvourah et Tiféréth - blanche, rouge, et jaune.» Les couleurs des Séphiroth sont plus que des symboles, elles assument le rôle de portes du Divin et établissent un lien avec le Divin. Il y a une bonne présentation de l'usage kabbalistique des couleurs dans le livre d'Aryeh Kaplan, "Méditation and Kabbalah". Il y écrit : «Bien qu'on puisse simplement méditer sur les Noms tels qu'ils sont écrits dans un livre, cette technique est nettement améliorée quand les couleurs sont employées. Lorsque chaque Nom est coloré avec une nuance appropriée à la Séphiirah, on peut s'attacher d'autant plus intimement à la Séphirah. Le système des couleurs est longuement exposé par Rabbi Joseph Tzayach, et par le Ramak (Moïse Cordovero) qui était apparemment conscient de ces écrits. Mais, tandis que Tzayach ne fait aucune tentative pour lier son système à celui du Zohar, le Ramak montre que les deux appartiennent à une tradition identique». (p. 179)
En citant l'ouvrage de Cordovero, Pardès Rimonim, la neuvième Porte, Kaplan énumère les Séphiroth et leurs couleurs comme suit : Kéter (Couronne) - blanc invisible ; Hokhmah (Sagesse) - une couleur qui inclut toutes couleurs; Binah (Compréhension) - jaune et vert; Hessed (Bonté) - blanc et argent ; Gvourah (Force) - rouge et or ; Tiféréth (Beauté) - jaune et violette ; Netsa'h (Victoire) - rose clair; Hod (Splendeur) - rose sombre; Yessod (Fondation) - orange ; Malkhout (Royaume) - Bleu.
Ce qui me pousse à étudier la Kabbalah est qu'elle représente non seulement un défi intellectuel mais qu'elle nous offre des manières d'accroître notre pratique religieuse. Utilisez les couleurs et leurs Séfiroth dans vos méditations. Pour cet entretien, les Séfiroth peuvent être employées comme une méditation quotidienne car chaque Séphirah gouverne un jour de la semaine. Dimanche: Hessed ; Lundi: Gvourah ; Mardi : Tiféréth ; Mercredi: Netsah ; Jeudi : Hod; Vendredi : Yessod; et Shabbat : Malkhout. Le tableau suivant (le tableau se placé ici plus tard) des bénédictions est tiré du rituel du Ari (Issac Louria de Safed). Avec chaque bénédiction, les lettres du Nom de Dieu (YHWH) reçoivent des voyelles différentes. Chaque ensemble de voyelles est associé avec une Séphirah différente. Je ne suis pas certain de savoir si les kabbalistes lisaient seulement ces changements de voyelle ou s'ils les prononçaient. Dans ma propre pratique (en priant), je les prononce à haute voix et les utilise comme sorte de mantra de méditation. La voyelle spécifique est placée sous chacune des lettres y h v. J'associe aussi les couleurs de chaque Séphirah comme une visualisation méditative. Cela sera plus significatif pour ceux qui sont familiers avec la téfilah (prière d'Amidah, 18 bénédictions).