SAOUD (dynastie des Al)

Si l' Arabie Saoudite porte le nom de la famille régnante, cela ne relève pas du hasard : depuis sa création le pays est géré par la dynastie des Al Saoud comme sa propriété. Ce n'est qu'en 1953, à la veille de sa mort, que le roi Abdel Aziz Ibn Saoud accepte la constitution d'un Conseil des ministres, qui se réunira pour la première fois le 7 mars 1954. L'État, au sens occidental du terme, a une existence imprécise et le véritable pouvoir appartient aux Al Saoud - 10 000 princes et princesses - épaulés par les oulemas, dont les plus prestigieux se recrutent dans la famille Al Cheikh, celle des descendants du fondateur du wahhabisme, Mohamed Ibn Abdel Wahhab.

La famille royale joue un rôle important et peut même déposer le roi : Saoud, successeur de Abdel Aziz Ibn Saoud, fut ainsi évincé en 1964. Elle a également connu des contestations radicales dans les années 60, avec la constitution de l'organisation des " Émirs libres " - par référence aux Officiers libres, arrivés au pouvoir au Caire en 1952 - qui se rallièrent à Nasser.

La famille est divisée en clans, suivant la lignée de trois des femmes d'Abdel Aziz Ibn Saoud : les Soudayri, les Shammar - un des plus importants groupements tribaux du nord du Nadj -, les Djilouwi. Au premier, le plus puissant au début des années 90, se rattachent le roi et ses frères - notamment Sultan, le ministre de la Défense, Salman, le gouverneur de Riyad, et Nayef, le ministre de l'Intérieur. Au deuxième appartient le prince héritier Abdallah, commandant de la Garde nationale. Les Djilouwi, dont faisait partie le roi Khaled auquel Fahd a succédé en 1982, semblent pour l'instant sur la touche.

La maladie du roi à la fin de 1995, jamais vraiment définie, aboutit à une régence du prince Abdallah, à partir du 1er janvier 1996. Celle-ci devait s'achever le 22 février, avec un retour de Fahd aux affaires, malgré les rumeurs persistantes sur son incapacité intellectuelle à assurer sa charge. Les raisons de ce retour seraient à imputer aux divergences qui ont opposé le prince Abdallah à une partie des Soudayri. Si la réputation d'Abdallah comme " nationaliste arabe " est surfaite - la Garde nationale a été modernisée par les États-Unis et reste encadrée par de nombreux conseillers américains -, il n'en a pas moins de solides relations avec la Syrie et, surtout, il est moins corrompu que Sultan. Ce sont certaines de ses initiatives durant les deux premiers mois dans le domaine de la lutte contre la corruption qui auraient suscité le retour de Fahd. De plus, une nouvelle rivalité est apparue entre Sultan et Salman pour savoir qui serait l'héritier à la mort d'Abdallah.

À ces divisions s'ajoutent celles des générations : les hommes au pouvoir, les fils d'Ibn Saoud, seront bientôt remplacés par une troisième génération que symbolise le prince Bandar bin Sultan, fils du ministre de la Défense et ambassadeur à Washington. " Bédouin américanisé ", selon la presse d'outre-Atlantique, il est le prototype de ces émirs formés dans les meilleures universités américaines, mais sans doute plus coupés que leurs parents de leurs racines et des aspirations de leur peuple. La Loi fondamentale, adoptée le 1er mars 1992, leur a ouvert la voie du trône : la succession est officiellement ouverte aux fils et aux petits-fils d'Ibn Saoud.

Les princes accaparent les postes militaires sensibles et les ministères décisifs, à l'exception de ceux de la Justice et de l'Éducation qui reviennent à la famille des Al Cheikh (celle des descendants du fondateur du wahhabisme) ainsi que le poste de cadi suprême, chef des juges, qui délivre les fatwas, les avis juridiques. Le remaniement ministériel d'août 1995, qui a vu la nomination de nombreux technocrates, n'a pas diminué l'emprise de la famille royale sur les postes clefs.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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