Notre-Dame de Laon

Historique

La situation de Laon, sur une colline qui domine les plateaux environnants, lui a toujours donné un rôle de place forte. Vers le début du VIe siècle, la ville est devenue un évêché par l'intervention de Saint Remi, natif de Laon. La première cathédrale datait du IXe et fit l'objet de restaurations vers 1113 après des émeutes destructrices.

La construction de la cathédrale gothique est envisagée vers 1160. Laon est donc l'une des premières cathédrales gothiques (après Saint Denis, Sens, Noyon, Senlis et contemporaine de Notre-Dame de Paris). La nef est achevée à la fin du XIIe siècle, les tours des transepts en 1225. La façade est terminée en 1245.

Immédiatement, on ajoute des arcs-boutants à la nef et on envisage la reconstruction du vaisseau central du chœur, afin de réaliser le plus long chœur médiéval (10 travées). A cet effet des pierres sont amenées depuis la carrière de Chermizy, située en contrebas. Des attelages de bœufs sont utilisés pour les monter.

C'est en hommage à cette collaboration animale (d'ailleurs commencée avant les transformations) que des bœufs sont représentés dans les tours de Laon. Enfin, au XIVe siècle, des chapelles latérales sont ajoutées entre les contreforts du chœur. A la même époque, la façade du croisillon sud est refaite en style gothique rayonnant. Aucune grosse modification n'est réalisée par la suite.

En 1790, l'évêché de Laon est supprimé et Laon est rattaché à Soissons. La cathédrale devient donc une simple église paroissiale. Elle ne retrouvera jamais son statut initial. En 1853, des restaurations sont pratiquées. L'édifice a de toute façon été relativement épargné par le temps et les événements.

Ancien évêché, aujourd'hui Palais de Justice.

La façade occidentale

On trouve au premier niveau trois portails sous porches, surmontés de gâbles et séparés par des contreforts qui prennent la forme de petits clochetons évidés et coiffés de flèches hexagonales. Derrière les gâbles, une rangée de huit fenêtres basses est presque masquée.
 

Au second niveau, une large rose est encadrée de deux baies vitrées, ornées de nombreuses voussures. Des arcs saillants (cintré au centre) abritent la rose et les baies. 
Pour laisser plus de place à la rose, les contreforts se rétrécissent à son niveau et la galerie qui la surmonte est légèrement surélevée par rapport aux galeries latérales. Au-dessus de cette galerie centrale court une courtine.

A gauche et à droite s'élèvent des tours à deux niveaux, qui atteignent 52 mètres. Après un étage carré de baies géminées, garnies d'abat-sons et encadrées de clochetons (aux angles), la tour devient octogonale, avec des tourelles d'angles très évidées, pour laisser moins de prise au vent. Elles sont couronnées par des terrasses bordées de balustrades.

Entre les colonnes des tourelles on trouve des bœufs en ronde-bosse. Il ne s'agit pas d'une allusion à la légende selon laquelle un bœuf serait miraculeusement apparu pour tirer chariot lors des transformation du XIIe. Cette légende est en effet apparu après l'achèvement des tours. Il s'agit simplement d'un hommage à la collaboration des bœufs

On peut signaler qu'on trouve un tympan consacré à Saint Nicaise au pied de la face nord de la tour septentrionale du parvis.

Les portails occidentaux

Le portail central est consacré au Couronnement de la Vierge. Celle-ci est représentée, avec l'Enfant, au trumeau et dans le gâble. Le tympan a deux registres. Au registre inférieur, on trouve l'Assomption et la Dormition de la Vierge, inspirées du tympan de Senlis.

Le registre supérieur représente le Couronnement. Les 3e et 4e voussures, relatives à l'arbre de Jessé, complètent l'ensemble.

Dans les ébrasements, on voit les statues modernes des prophètes : Abraham, Moïse, Samuel, David, Isaïe, Jérémie, Siméon et Jean-Baptiste :

Le portail nord est consacré à l'enfance du Christ. Le registre inférieur du tympan montre l'Annonciation, la Nativité, l'Annonce aux bergers. L'Adoration des mages occupe le registre supérieur (on trouve une disposition semblable dans le tympan sud du narthex de Vézelay).

Dans les voussures, on trouve à nouveau des prophètes (Daniel, Gédéon, Moïse...) et une psychomachie (2e voussure). Le gâble est consacré à une martyre locale du IIIe siècle, Sainte Preuve.

Les ébrasements représentent, de la gauche vers la droite, la Visitation et la Présentation au Temple avec deux autres personnages.

Les socles des statues des ébrasements sont joliment sculptés de scènes historiées, comme ici, avec le péché originel.

Le portail sud est celui du Jugement dernier. Le linteau relate la séparation des élus et des damnés. Parmi ces derniers, on trouve un roi, un évêque, un abbé, une moniale, un avare tiré par sa bourse. Au registre supérieur, une petite frise de ressuscités sortant de leurs tombeaux encadre les pieds d'un Christ en majesté. Celui-ci est entouré de onze apôtres (dont quatre en bas des deux premières voussures).

Des anges portant les instruments de la passion se pressent autour de son auréole. Le gâble représente Saint Michel. Au sommet des deux premières voussures, Abraham recueille les âmes des élus. La dernière voussure est consacrée aux Vierges folles et sages.

Quant aux ébrasements, ils sont occupés par des saints : St Théodore, St Laurent, St Etienne, Ste Thècle, St Denis et St Georges.

Selon Émile Mâle, cette représentation du Jugement dernier est inspirée celle de Saint Denis, elle-même inspirée de celle de l'église romane de Beaulieu (en Corrèze), première du genre. Elle trouve sa source d'inspiration dans St Matthieu plutôt que dans l'Apocalypse, ce qui est une nouveauté. Cette représentation évoluera pour intégrer la Pesée des âmes.

La nef

L'extérieur de la nef reflète l'élévation intérieure. Les contreforts, qui reposent sur des culées massives, manquent un peu d'élégance. On peut remarquer que la brisure des arcs des baies est peu prononcée (contrairement à ce qu'on peut voir au chevet).

Les façades des transepts

La façade nord se compose de deux portails à tympan plein, d'une claire-voie à quatre fenêtres, d'une rose, puis d'une galerie à mur de fond plein. Deux tours surmontent l'ensemble. La tour orientale est inachevée. La tour occidentale est appelée tour St Paul. Haute de 56 mètres, elle est semblable à celles de la façade.

La façade sud a une disposition différente. Les deux portails ont des tympans vitrés surmontés de gâbles ornés de statues. Entre les deux portails, un petit contrefort abrite une Vierge à l'enfant. Au-dessus, une grande fenêtre rayonnante est surmontée d'une galerie. Là encore, la tour orientale n'est pas achevée. La tour occidentale, tour de l'Horloge, diffère des autres tours puisqu'elle est octogonale dès l'avant-dernier étage. A ce niveau, les tourelles d'angles sont remplacées par des maçonneries pleines, avant de retrouver leur aspect habituel.

Sur le flanc oriental des deux croisillons, on distingue les deux étages des absidioles, divisés verticalement par de puissants contreforts.

Le chevet

La disposition du chevet est particulière puisqu'il est rectangulaire. On y retrouve l'élévation intérieure (trois lancettes et une rose) surmontée d'une galerie qui relient deux tourelles d'angles ajourées, surmontées de clochetons.

L'élévation latérale diffère de celle de la nef. Les arcs brisés des fenêtres sont plus prononcés et sont surmontés de gâbles qui affinent l'élévation.

Le cloître

Adossé au flanc sud de la nef, le cloître de la cathédrale de Laon a des dimensions extrêmement réduites. Au dessus des arcades brisées, on trouve des oculis quadrilobés.

Les arcades brisées retombent alternativement sur des piles massives, et des piles plus fines.

La galerie sud est soutenue par plusieurs contreforts, adossés sur les piles fortes des arcades. On trouve même des arcs boutants, issus du mur sud de la nef.

Visite intérieure

La longueur totale de l'édifice est de 110 mètres. On peut remarquer que le choeur est légèrement désaxé par rapport à la nef.


Celle-ci comporte 11 travées couvertes par des voûtes sexpartites (sauf dans la première travée) hautes de 24 mètres.

L'élévation est à quatre niveaux. Au premier niveau, les grandes arcades reposent sur des piles alternées. Les piles faibles sont rondes, avec des chapiteaux octogonaux qui reçoivent des faisceaux de trois colonnettes. Les piles fortes sont également rondes mais supportent cinq colonnettes sur des chapiteaux carrés.

La nef est bordée de collatéraux voûtés d'ogives.

Au revers, la grande rose rayonnante de la façade est partiellement occultée par le buffet d'orgue.

On doit noter que les piles fortes proches du transept sont composées d'une colonne ronde entourée de cinq colonnettes qui servent à rigidifier la pile centrale. Le tailloir qui reçoit un faisceau de cinq colonnettes est alors rectangulaire. Au second niveau, les tribunes à claire-voie comportent des baies géminées à remplage plein. Au-dessus, le triforium à mur de fond plein est composé de petites baies à trois arcades. Les fenêtres hautes sont faites de baies simples.

En raison de l'allongement a posteriori du choeur, le transept coupe la cathédrale presque en son centre. A la croisée s'élève la tour lanterne (haute de 30 mètres à l'intérieur, 48 mètres à l'extérieur). A la base de la tour on trouve un triforium à mur de fond plein composé de huit grandes arcades, surmonté par huit fenêtres.

L'élévation du transept est semblable à celle de la nef. Les croisillons comportent quatre travées bordées de collatéraux et s'achèvent sur des absidioles à deux étages.

Au croisillon nord, le revers de la façade à une élévation à deux niveaux. Au premier, deux arcades s'ouvrent sur l'absidiole.

Au second, une vaste tribune ouvre sur le deuxième étage de l'absidiole. Le mur de fond de la tribune est occupé par une claire-voie de quatre baies et une rose de médaillons polylobés.

L'absidiole se termine en rond-point percé d'un double niveau de fenêtres en haut et d'un seul niveau en bas.

Au croisillon sud, l'élévation est différente. Au-dessus des deux arcades qui ouvrent sur l'absidiole, on trouve une grande fenêtre à six lancettes groupées par deux (avec des remplages rayonnants) et une rose.

Le croisillon sud abrite un baptistère roman dont les motifs sont sculptés dans un style assez naïf.

Dans le projet initial, le chœur ne comportait que 3 travées et s'achevait par une abside hémicirculaire avec déambulatoire mais sans chapelles rayonnantes. Il a été allongé de sept travées en 1200. Pour ne pas rompre l'harmonie du sanctuaire, les nouvelles travées ont été couvertes par des voûtes sexpartites, comme les anciennes, alors que la voûte quadripartite s'était déjà imposée au XIIIe.

Achevé, le nouveau choeur est rectangulaire, avec un déambulatoire adoptant la même forme. On ne trouve aucune chapelle rayonnante, seulement des chapelles latérales. L'élévation est exactement semblable à celle de la nef.

Au-dessus des piliers, les faisceaux de colonnettes sont rythmés de tores qui grimpent contre le mur pour soutenir les ogives. Le mur de fond est percé de trois lancettes surmontées d'une rose. La lancette de droite relatent des scènes de la vie de la Vierge et à l'enfance du Christ.

Au centre, on trouve la vie du Christ de l'entrée à Jérusalem jusqu'à l'Ascension.

A gauche, on peut voir la vie et le martyre de Saint Etienne (ci-contre) ainsi que le miracle de Théophile (vidam disgracié par son évêque, Théophile aurait conclu un pacte avec le Diable. Sous l'injonction de la Vierge, il aurait renoncé au pacte et obtenu le pardon de son évêque). Quant à la rose elle est consacrée à la glorification de la Vierge avec les 12 apôtres et les 24 vieillards de l'Apocalypse.

retours : Églises et chapelles

Cathédrales

Abbayes monastères et prieurés

Tous les édifices