MASSADA

Nom d'une citadelle juive, au sud-est d'Hébron, près de la mer Morte, dans laquelle les Juifs assiégés par les Romains préférèrent, en 72 (ou 73) ap. J.-C., s'entre-tuer plutôt que de se rendre.

Le 28 septembre 70 (ap. J.-C.), Titus et ses troupes, chargées de réprimer la révolte des Juifs, se sont emparé de Jérusalem. " L'armée n'ayant plus personne à tuer ni rien à piller, raconte Flavius Josèphe dans La Guerre des Juifs, César, sans plus tarder, ordonna de détruire de fond en comble toute la Cité et le Temple, en ne laissant debout que les plus élevées des tours. " Peu à peu, tout le pays est reconquis. Seule une forteresse reste révoltée : Massada. Elle est tenue par les Sicaires, que conduit Eleazar, un descendant, dit-on, de Judas. Flavius Silva, gouverneur romain de Syrie, en fait le siège avec ses hommes. Un mur est même élevé autour de la citadelle pour empêcher toute fuite. Mais la place est naturellement défendue : c'est un immense rocher trapézoïdal, entouré de profonds ravins. Seuls deux chemins étroits franchissent les précipices. Remparts et tours complètent la protection. À l'abri de ces murs imprenables, les Sicaires disposent en outre de grandes quantités de vivres et d'armes.

Le site ainsi aménagé par le roi Hérode est certes de nature à résister longtemps. Mais les soldats romains construisent des échafaudages d'où ils parviennent, avec force coups de bélier et en mettant le feu, à enfoncer les murailles. " Nous sommes sûrs d'être pris, lance alors Eleazar, mais nous pouvons choisir, avant, de mourir noblement avec ceux que nous aimons le plus. " Suit une longue exhortation qu'il conclut : " Hâtons-nous donc de leur laisser, au lieu de la jouissance qu'ils espèrent de notre capture, la stupeur devant notre mort et l'admiration pour notre intrépidité. " Ainsi périrent égorgés par des Sicaires tirés au sort et dont le dernier se suicida, écrit Flavius Josèphe, 960 hommes, femmes et enfants, le 3 mai 72 (ou, selon certains, 73), au cours de l'immense incendie allumé pour anéantir Massada.

Cet immense suicide collectif impressionna durablement les Romains et, bien au-delà, les civilisations postérieures. Suicide des assiégés, il était également, au moins symboliquement, celui du peuple juif tout entier, abandonné de Dieu. Eleazar, dans sa première harangue à la mort, n'avait-il pas regretté l'incapacité de ses compagnons à " pénétrer la pensée de Dieu et nous rendre compte que le peuple juif, qu'il avait aimé autrefois, avait été condamné par lui " ?

L'interprétation traditionnelle de Massada y décèle le signe et le symbole de la tentation suicidaire du " peuple " juif. Poussant plus loin l'analyse historique et la projetant sur le destin des Juifs, certains auteurs voient dans ce suicide collectif le résultat de la fuite en avant du " parti de la guerre " que constituaient les occupants de Massada. D'autres, à l'époque déjà, avaient choisi la paix...


Alain Gresh - Dominique Vidal
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