SYRIE
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Le 3 octobre 1918, l'émir Faysal, fils du
chérif Hussein, entre à Damas à la tête de ses
troupes. Ayant combattu l'armée turque, il souhaite édifier cet
État arabe indépendant que lui ont promis les Anglais. Mais, le
24 juillet 1920, l'armée française met fin à ce
rêve et le chasse de Damas : le mandat de Paris sur la Syrie commence.
Outre le Les premières années de la jeune République sont plus que troublées. La défaite de Palestine et l'échec des troupes syriennes qui sont intervenues provoquent l'effondrement du régime parlementaire et le premier coup d'État militaire, le 30 mars 1949. Pendant cinq ans, les dictatures militaires vont se succéder jusqu'à la restauration de la démocratie et la tenue d'élections en 1954. Elles indiquent une poussée des forces nouvelles (baasistes, nationalistes, communistes...) au détriment des courants traditionnels et conservateurs. Le nouveau pouvoir se rapproche alors de l'Égypte nassérienne et de l'URSS, et condamne violemment l'expédition anglo-française de Suez. Face à l'axe hachémite pro-occidental Amman-Bagdad, les dirigeants syriens se prononcent pour l'unité totale avec l'Égypte. Le 1er février 1958, un nouvel État voit le jour, la République arabe unie (RAU) dont Nasser est le président et le véritable maître. Mais l'expérience sera de courte durée : le 28 septembre 1961, l'armée syrienne y met fin. Le 8 mars 1963, un nouveau coup d'État porte le Baas au pouvoir. Les premières réformes (nationalisations, réforme agraire...) ébranlent l'ordre social, suscitant de vives réactions de la bourgeoisie. Pourtant, l'équipe en place est remplacée le 23 février 1966 par une autre, toujours baasiste, mais encore plus radicale. Les nouveaux dirigeants, le Dr Jamal Atassi et Salah Jdid, se réclament d'un socialisme pur et dur, et d'une grande intransigeance face à Israël. La Syrie participe à la guerre de juin 1967 : elle y perd le plateau du Golan occupé par l'armée israélienne. Malgré sa défaite, elle maintient un discours radical qui l'isole de ses partenaires arabes. À cette politique s'oppose le général Hafez Al Assad, le puissant ministre de la Défense. Après une longue lutte interne, il s'empare du pouvoir le 13 novembre 1970. En quelques années, le nouveau président assoit son autorité et celle de ses coreligionnaires alaouites - et celle de l'armée - par l'intégration ou la liquidation de toutes les composantes de la vie politique. Le 7 mars 1972 naît le Front national progressiste (FNP) composé du parti Baas, du PC et de trois groupes nassériens. Cette " alliance " assure l'hégémonie du parti Baas et, au fil des ans, le FNP se vide de tout contenu et de toute influence. L'opposition politique, représentée encore par quatre députés après les élections de 1973, disparaît du Parlement à celles de 1977. Les petites organisations de gauche ou libérales ne résistent pas au rouleau compresseur baasiste. La seule contestation radicale et dangereuse vient des organisations islamistes sunnites, qui prêchent la guerre sainte contre un pouvoir dénoncé comme alaouite et qualifié d'athée. Deux grandes vagues déferlent sur le pays. En 1973, les manifestants obtiendront l'inscription dans le texte de la nouvelle Constitution que " l'islam est la religion du chef de l'État ". À partir de 1977, un mouvement plus ample - sur fond de crise économique et politique consécutive à l'enlisement syrien au Liban - relayé par des actions terroristes ébranle l'hégémonie du Baas. Il culmine dans l'insurrection, noyée dans le sang, de la ville de Hama, en février 1982. Depuis, malgré un mécontentement latent, aucune force n'a été à même de construire une opposition cohérente. Dans le cadre de l'ouverture entamée dans les années 90, le pouvoir a fait voter par le parlement, à la fin 1995, une loi d'amnistie : plusieurs milliers d'opposants, notamment des islamistes, ont été libérés. Le retour au pays, après treize années d'exil, du cheikh Abdel Fatah Abou Ghoda, guide spirituel des Frères musulmans, témoigne à la fois de la solidité du pouvoir et du rapprochement esquissé avec les islamistes qui reconnaissent la " fermeté " du président Assad dans les négociations avec Israël. La Syrie participe, aux côtés de l'Égypte, à la guerre d'octobre 1973. Elle y gagne la récupération d'une partie du Golan, et en profite pour normaliser ses rapports avec les États-Unis. En 1976, les troupes syriennes interviennent aux côtés de la droite maronite dans la guerre civile libanaise. Le pays du Cèdre constitue en effet le flanc ouest de la Syrie, et offre un couloir d'accès à Homs et Hama. De plus, Damas le considère comme sa " zone d'influence ", voire une partie de la " Syrie naturelle ", arrachée à la mère patrie par le colonialisme. Après 1978-1979, le président Assad prend la tête de la croisade arabe anti-Camp David, et cherche à occuper la place de l'Égypte laissée vacante en raison de l'ostracisme du monde arabe. Malgré les performances limitées de ses troupes en juin 1982 face à l'armée israélienne, la Syrie retourne la situation en sa faveur, obtient l'évacuation par l'État hébreu du Liban - à l'exception de la " zone de sécurité " - et l'alliance des milices rivales. Elle reconstruit, avec l'aide de Moscou, un potentiel militaire qui en fait un adversaire redoutable pour Israël, en cas de guerre. Alliée à l'Iran, mais aussi à l'Arabie Saoudite, hostile au " régime frère " de Bagdad, elle tente de s'imposer comme principal interlocuteur de toute négociation de paix. Plus vite que de nombreuses capitales, Damas comprend la signification des bouleversements engendrés par l'arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir. La Syrie, liée depuis 1980 à Moscou par un traité d'amitié, voit s'effacer son plus solide allié et son principal pourvoyeur d'armes. Désormais, le pays devra donc réduire considérablement ses dépenses militaires, qui passent de plus de 20 % du PNB au début des années 80 à à peine 10 % au début des années 90. C'est donc sans trop d'hésitations qu'elle choisit son camp lors de la crise du Golfe et envoie même un solide contingent militaire en Arabie Saoudite. Elle retire très rapidement les fruits de ce " bon choix " : son principal ennemi, Saddam Hussein, est considérablement affaibli ; elle obtient carte blanche au Liban où elle impose l'élimination du général Michel Aoun ; elle reçoit d'importants subsides des pays du Golfe et voit l'Europe lever les sanctions économiques imposées depuis 1986 en raison de son implication dans le terrorisme. Mais, tout en participant à la conférence de paix inaugurée à Madrid à l'automne 1991, la Syrie réaffirme ses positions de principe sur une paix éventuelle : retrait israélien de tous les territoires arabes occupés en 1967, y compris le Golan ; reconnaissance des droits nationaux du peuple palestinien. La victoire de la droite aux élections israéliennes de mai 1996 risque de repousser pour longtemps toute paix sur le front syrien. Sur une superficie de plus de 180 000 kilomètres carrés, la Syrie comptait en 1993 13,7 millions d'habitants - le taux d'augmentation de la population entre 1963 et 1993 (3,4 %) est l'un des plus élevés du monde. La mention confessionnelle ayant été supprimée des documents officiels, nous ne possédons que des estimations dans ce domaine : sunnites 68 %, alaouites 12 %, chrétiens 10 %, Kurdes 6 %, druzes 2 %, autres 2 %. L'économie reste marquée par l'effort de guerre. Après une politique socialisante et une importante réforme agraire dans les années 60, la Syrie s'est engagée, comme l'Égypte mais sous des formes plus contrôlées, dans une politique d'infitah : en 1990, le secteur privé représente 44 % des exportations et 46 % des importations, mais l'Etat continue à avoir la haute main sur toutes les décisions stratégiques. Pays agricole (importante production de coton), elle s'est dotée d'un solide réseau d'infrastructures et d'une industrie légère de transformation. La découverte de pétrole - avec une production de 610 000 barils par jour en 1995 - et les importants subsides des pays du Golfe assurent une relative prospérité. De plus, le Liban, où travaillent plus d'un demi-million d'ouvriers syriens, est un poumon vital pour l'économie. |
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Alain Gresh - Dominique Vidal
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