PARTAGE (plan de)

Résolution 181 de l'Assemblée générale des Nations unies, votée le 29 novembre 1947, ainsi nommée parce qu'elle décide le partage de la Palestine en un État juif, un État arabe et une zone sous " régime international particulier " (voir le texte en annexe).

Adopté par 33 voix (dont les États-Unis et l'URSS) contre 13 et 10 abstentions (dont la Grande-Bretagne), ce texte est l'aboutissement - et sera le stimulant - d'une longue crise. Après avoir longtemps favorisé le sionisme en Palestine, la Grande-Bretagne s'était décidée, en 1939, à modifier sa politique : le Livre blanc limitait l'immigration juive à 75 000 personnes en cinq ans, tout en restreignant l'achat de terres. Soucieux de se concilier les Arabes à l'approche du conflit avec l'Allemagne hitlérienne, Londres proposait, dans les dix ans, la perspective d'un État unitaire comprenant au maximum un tiers de Juifs.

Mais ce plan, après guerre, s'avère inapplicable : le génocide donne une légitimation tragique à la quête par les Juifs de leur État, nombre de rescapés n'ont nulle part où aller sauf en Palestine, l'immigration clandestine devient massive, le drame de l'Exodus, et de bien d'autres, révolte une opinion publique d'autant plus mobilisée qu'elle ne l'avait guère été du temps de l'extermination nazie... À ces facteurs, qui rendent la position britannique intenable, s'ajoutent les effets du terrorisme juif en Palestine : le groupe Stern depuis 1943, l'Irgoun depuis 1944 s'en prennent aux biens et aux soldats de Sa Majesté. L'attentat contre l'hôtel King David, le 22 juillet 1946, avec sa centaine de morts, bouleverse l'opinion londonienne. " Bring the boys home ! " s'écrient les manifestants, qui savent qu'en deux ans près de 150 militaires anglais sont tombés et 350 ont été grièvement blessés...

Soucieux de préserver la position britannique en Palestine - d'autant qu'elle est menacée en Égypte et en Irak -, le gouvernement travailliste ne peut cependant plus résister à la pression. Le 14 février 1947, il décide de " porter le problème dans son ensemble devant les Nations unies ". Lesquelles créent, en mai, une commission spéciale, l'UNSCOP, afin d'examiner les solutions possibles. L'État unitaire dirigé par une des deux communautés ? Leur force - 650 000 Juifs, 1 300 000 Arabes - rend le projet illusoire. L'État binational que proposent les communistes et la gauche sioniste ? Le fossé entre les uns et les autres semble trop profond. La cantonisation ? Techniquement, c'est quasiment irréalisable. Reste le partage.

14 000 kilomètres carrés, avec 558 000 Juifs et 405 000 Arabes pour l'État juif. 11 500 kilomètres carrés, avec 804 000 Arabes et 10 000 Juifs pour l'État arabe. La zone internationale, qui comprend les Lieux saints, Jérusalem et Bethléem, compterait 106 000 Arabes et 100 000 Juifs. Entre les deux États se forgerait une union économique, gérant en commun monnaie, douanes, chemins de fer et postes, ainsi que les ports de Haïfa et de Jaffa. Les opposants au projet trouvent que la part faite aux Juifs est trop belle : ils obtiennent 56,5 % d'un territoire dont ils possèdent à peine 7 %, et dont ils ne représentent que moins de 32 % de la population.

Quoi qu'il en soit, le plan de partage ne sera jamais appliqué. Les dirigeants sionistes, qui ne s'y sont ralliés que tactiquement, n'ont pas abandonné le rêve du " Grand Israël " : ils veulent plus que la part allouée par 1'ONU. Les dirigeants arabes exigent, eux aussi, plus, beaucoup plus : ils refusent le principe même d'un État juif. Et la Grande-Bretagne, en désaccord avec 1'ONU - espérant à la faveur des troubles maintenir son influence -, refuse toute présence internationale en Palestine. Après des attaques réciproques de plus en plus graves, le 15 mai 1948, les armées arabes pénètrent en Palestine. C'est la guerre de 1948-1949 : le premier des conflits israélo-arabes.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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