PALESTINIENS

Depuis la fin de la seconde révolte juive, en 135 de notre ère, le territoire dénommé Palestine a connu différents maîtres (Rome, Omeyyades, Abassides, Empire ottoman...) et un grand brassage de populations. Au début de ce siècle, il compte environ 500 000 habitants et une activité économique relativement importante, fondée avant tout sur l'agriculture (on y récolte déjà 30 millions d'oranges), une industrie naissante et les pèlerinages vers les villes saintes que sont Jérusalem, Bethléem et Nazareth. L'immense majorité des habitants est constituée d'Arabes, musulmans et chrétiens.

Comme tous les peuples de la région, ils vont - sous l'influence des idées européennes et des bouleversements économiques - développer un nationalisme dont l'horizon variera avec les circonstances : arabe, grand-syrien... mais surtout, après la promesse de Balfour et l'instauration du mandat britannique, palestinien. Ce dernier s'affirmera au cours des années dans la lutte contre le sionisme. Il prendra alors toutes les formes d'un nationalisme moderne que même la défaite de 1948 n'arrivera pas à laminer.

Le peuple palestinien compte près de 6 millions d'hommes et de femmes éparpillés dans le monde. Trois grands groupes se distinguent. Ceux qui vivent sur le territoire de la Palestine mandataire (Israël, Cisjordanie et Gaza), ceux de Jordanie et enfin ceux installés - volontairement ou non - dans les autres pays arabes (voir carte, page suivante). On peut y ajouter une diaspora qui a essaimé en Amérique latine, aux États-Unis, etc. Parmi ces Palestiniens, plus de 3,3 millions sont des réfugiés recensés par l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés (UNRWA). Ils ont fui leurs villages en 1948. Plus de 1 million d'entre eux vivent encore dans des camps, en Cisjordanie, à Gaza, en Jordanie, Syrie ou au Liban. Il faut y ajouter 350 000 " personnes déplacées ", recensées en 1996, et qui ont fui en 1967.

Nous évoquons ailleurs les Palestiniens d'Israël (voir Arabes israéliens), de Cisjordanie et de Gaza. Ceux de Jordanie sont évalués à plus de 2 millions de personnes, mais les chiffres les concernant sont peu fiables. Rien, en effet, dans les statistiques jordaniennes, ne permet de différencier les Palestiniens (qui ont un passeport jordanien) du reste de la population. Les seules données précises concernent les réfugiés recensés par l'UNRWA : plus de 1 350 000 auxquels il faut ajouter 350 000 venus de Cisjordanie et Gaza après 1967 - parmi lesquels 250 000 vivent dans des camps. Jusqu'en 1970-1971, c'est là, au sein des camps, que le Fath et l'OLP trouvent leur plus ferme soutien. Depuis Septembre noir, toute activité proprement palestinienne a été prohibée.

Au Liban, la vie économique, sociale et politique des 400 000 Palestiniens était étroitement liée à l'OLP. La Résistance, grâce à un réseau d'" organisations de masse ", encadrait la population. Celle-ci fournissait à l'OLP ses combattants, ses cadres politiques et administratifs, les ouvriers pour les industries qu'elle avait mises sur pied. Pour elle, l'OLP représentait tout, le sentiment national, la sécurité physique et matérielle. Le départ de Beyrouth en 1982, puis de Tripoli en 1983, laisse une population désemparée, privée de protection.

En Syrie résident 350 000 Palestiniens, tous réfugiés. Près de 30 % d'entre eux subsistent dans des camps, soumis à un contrôle politique très strict. Mais ils disposent des mêmes droits sociaux que les Syriens.

Enfin, dans les pays du Golfe s'étaient installés, dans les années 80, plus de 600 000 Palestiniens, dont plus de la moitié pour le seul émirat du Koweit. C'était une émigration récente, remontant pour l'essentiel aux années 60, et d'un type classique. Les hommes partaient pour chercher du travail, les familles suivaient quelques années plus tard. Les Palestiniens y occupaient des postes importants : ingénieurs, techniciens, médecins, enseignants, entrepreneurs, journalistes... Riches, très nationalistes, faisant parvenir d'importants subsides aux familles restées au pays, aidant financièrement l'OLP, les exilés du Golfe constituaient une fraction influente du peuple palestinien. La guerre du Golfe et l'expulsion du Koweït de 300 000 Palestiniens ont toutefois illustré la fragilité de leur situation.

Notons un trait commun à tous ces groupes : les Palestiniens ont compensé leurs frustrations par un haut niveau d'éducation, inégalé dans le monde arabe. Les différences, parfois profondes, d'un pays d'accueil à l'autre, n'oblitèrent pas cependant les caractéristiques communes. Et, tout d'abord, ce sentiment profond d'appartenir à un même peuple qui lie le bourgeois du Koweït au paysan de Cisjordanie, le refugié du Liban à l'ouvrier travaillant en Israël. C'est la même histoire à laquelle ils se rattachent. C'est la même culture dans laquelle ils se reconnaissent : celle que symbolisent le poète Mahmoud Darwish ou les écrivains Ghassan Kanafani et Émile Habibi. Ce sentiment national, l'OLP en a été à la fois le promoteur et le symbole. Les accords d'Oslo lancent toutefois un défi aux Palestiniens, notamment aux millions de réfugiés dont le sort semble plus incertain que jamais.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
Tous droits réservés - Éditions de l'Atelier.