INFITAH

Terme arabe signifiant " ouverture ", l'infitah désigne une politique économique libérale en rupture avec le " socialisme " de Nasser ou des premiers dirigeants baasistes syriens. Ce " nouveau cours " a été mis en oeuvre par Anouar Al Sadate, dès son accession au pouvoir, et aussi par le président Hafez Al Assad, mais sur une échelle plus limitée et sous un contrôle beaucoup plus strict de l'État (le mouvement s'est accéléré dans les années 90), puis par l'Irak, notamment après le désastre de l'aventure koweïtienne.

Entamée dès 1971 en Égypte, l'infitah connaît son plein essor après la guerre d'octobre 1973. Le Raïs en définit alors les grandes lignes : encouragement au secteur privé et aux investissements étrangers, ouverture aux banques non égyptiennes, libéralisation du commerce extérieur, diminution de la place du secteur public. Une suite de décrets et de lois permettent la concrétisation de cette nouvelle philosophie économique.

Vingt ans plus tard, le bilan est nuancé. Le capital privé ou étranger s'est investi avant tout dans les secteurs non industriels et non agricoles là où le profit était immédiat et substantiel : import-export, immobilier, banques, tourisme... La spéculation et la corruption ont connu un essor sans précédent. Les inégalités sociales se sont creusées, et la richesse insolente des parvenus nargue la misère toujours recommencée du peuple égyptien. L'Égypte a accentué sa dépendance à l'égard de l'aide extérieure (en particulier sur les plans agricole et financier) et des millions de ses travailleurs, techniciens et cadres sont partis travailler dans les pays pétroliers. Même le secteur public a été longtemps intouchable : pour des raisons sociales, mais aussi parce qu'il n'existe pas de capital privé entreprenant capable d'assurer la gestion d'industries aussi décisives que l'acier, ou l'armement. Sous la pression du FMI, le gouvernement semble désormais prêt à avancer rapidement sur la voie de la privatisation.

Certes, le bilan global n'est pas totalement noir, et certains succès ont été obtenus : l'Égypte est devenue un pays exportateur de pétrole, certains secteurs de l'agriculture et de l'industrie ont connu une nouvelle efficacité... Mais l'exemple égyptien a montré les difficultés à imposer un modèle libéral dans une économie sous-développée, sans susciter de profondes distorsions et des explosions sociales dont les manifestations de janvier 1977 au Caire sont restées le symbole.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
Tous droits réservés - Éditions de l'Atelier.