KHOMEYNI (Ruhollah)
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Suivant la plupart des sources, Khomeyni serait né le 24 septembre 1902, dans une famille de religieux vivant près d'Ispahan. Il fait ses études à Qom, un des centres du chiisme, majoritaire en Iran et religion d'État depuis le XVIe siècle. Théologien, il accède à la dignité de mojtahed (celui qui est habilité à pratiquer l'effort d'interprétation de la loi islamique), puis au titre d'ayatollah (" signe miraculeux de Dieu ") qui en fait un des religieux les plus respectés du pays. Il s'intéresse très tôt aux questions politiques et publie un livre de réfutation du laïcisme ; mais ce n'est qu'en 1962 que commence son véritable activisme. Opposant à la réforme agraire - la " révolution blanche " - lancée par le Chah, qui lèse les intérêts des dignitaires chiites, il joue un rôle dans les émeutes du 4 juin 1963 et est emprisonné. Relâché après avoir accepté de refréner ses critiques, il se signale à nouveau par une condamnation des relations militaires avec les États-Unis et de l'octroi à leurs conseillers d'un statut diplomatique. Il est alors expulsé d'Iran, en octobre 1964, et se réfugie à Najaf, ville sainte chiite en Irak. La mort, en 1961 et 1962, de deux importants ayatollah, Mohamad Burudjerdi et Abdul Kassem Kashani, le hisse au sommet de la hiérarchie religieuse. Il séjourne en Irak jusqu'en octobre 1978, date à laquelle le gouvernement baasiste de Bagdad le déclare persona non grata. Nouvel exil, en France cette fois-ci. Khomeyni devient alors un symbole pour des millions d'Iraniens qui se sont levés contre la dictature du Chah. Il alimente par ses discours - retransmis par cassettes - le soulèvement contre le régime. Le 1er février 1979, il rentre triomphalement à Téhéran : l'empire s'effondre, l'ère de la République islamique commence. La pensée de Khomeyni s'articule autour de la question du pouvoir, question centrale pour le chiisme iranien. Suivant la tradition, à la mort de Mahomet, douze imams (" guides ") se sont succédé, dont le dernier a disparu en l'an 874. Après avoir communiqué avec le monde extérieur par l'intermédiaire de " messagers ", il s'est définitivement " retiré " tout en restant en vie : c'est le temps de la " Grande Occultation ", en attendant la fin des temps et le retour de l'" imam caché " qui viendra restaurer sur terre un règne de justice. Mais durant cette " Grande Occultation ", qui doit guider la communauté des croyants ? Pour Khomeyni ce rôle revient aux mollah (théologiens) et au faghi, au docte, vicaire de l'" imam caché " et délégataire de la souveraineté divine. Cette doctrine du " gouvernement du docte " (velayat faghi), qui accorde aux mollah d'énormes pouvoirs, a été - et reste - contestée par de nombreux autres ayatollah. Pourtant, elle va s'imposer. Mais non sans difficultés, car le front qui a renversé le Chah est large : libéraux, religieux, Moudjahidin - membres d'une organisation révolutionnaire islamique dirigée par Massoud Radjavi -, autonomistes kurdes, communistes, etc. La guerre déclenchée par l'Irak en septembre 1980 et les premières victoires irakiennes provoquent un sursaut patriotique, sur lequel Khomeyni s'appuie pour écraser impitoyablement ses alliés de la veille. En 1983, l'Iran reprend l'offensive sur le front ; toute opposition - à l'exception des Kurdes - est matée. Khomeyni s'affirme maître absolu du pays, mais la base du régime se rétrécit. La prolongation de la guerre Iran-Irak, du fait de l'entêtement de l'ayatollah, lui aliénera bien des sympathies et l'acceptation, en août 1988, du cessez-le-feu constitue un dur échec personnel. Il meurt le 1er juin 1989. La poursuite du conflit avec Bagdad, la paralysie de l'appareil gouvernemental soumis à la censure permanente des religieux ont amené l'imam, à la fin de l'année 1987, à opérer une importante révision de doctrine. " Prétendre que les pouvoirs de l'État sont limités au cadre des préceptes divins est totalement contraire à mes dires (...), écrit-il. L'action du gouvernement qui est une partie de la souveraineté absolue du prophète est un impératif premier de l'islam, qui prévaut sur tous les autres, même la prière, même le jeûne, le pèlerinage à La Mecque, etc. ". En voulant ainsi assurer une certaine liberté de manoeuvre au gouvernement, l'ayatollah reconnaissait que toutes les réformes internes avaient été sabotées, au nom de l'islam, par les mollah et qu'il était nécessaire de répondre aux formidables défis économiques et sociaux qui se posaient au pays. |
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