MARONITES

La première référence à la plus importante communauté chrétienne du Liban remonte aux écrits d'historiens musulmans du Xe siècle. Les maronites, sans doute d'origine arabe, sont alors concentrés dans la vallée de l'Oronte en Syrie ; ils professent, depuis le VIIe siècle, une des nombreuses hérésies qui divisent la chrétienté, le monothélisme. Pour fuir les persécutions des Byzantins, ils émigrent, vers la fin du Xe siècle, au Mont-Liban. Au XIIe siècle, alors que les Croisés sont encore présents en Orient, ils réintègrent le giron de Rome. Ils s'installent au XVIe siècle dans le Kesrouan (à majorité chiite) et aux XVIIe et XVIIIe siècles dans le Chouf (à majorité druze).

L'émergence du Liban moderne leur doit beaucoup, et ils s'y assurent, avec l'aide de la France et grâce au système confessionnel (voir confessionnalisme), une position prépondérante à partir de 1920. La bourgeoisie et les grandes familles maronites ont développé un sentiment communautaire puissant, étayé par des justifications idéologiques (origine phénicienne, non-appartenance au monde arabe...), stimulé par une forte concentration géographique - en particulier au Mont-Liban - et par un système d'enseignement privé. L'Église, la hiérarchie religieuse et les ordres monastiques jouent un grand rôle à la fois économique et politique. Comme un certain nombre de grandes familles dont le pouvoir repose sur la possession d'amples domaines fonciers, la richesse, les relations de clientélisme et l'" héritage historique " qu'elles prétendent assumer. Citons, comme exemple, les Frangié à Zghorta et les Eddé à Jheilet, dans la Bekaa. Mais le véritable trait distinctif des maronites réside dans l'existence précoce d'un parti à la fois communautaire et de type nouveau qui a dépassé les divisions classiques, le parti des Phalanges. Notons enfin que la communauté maronite fut loin d'être unie dans les années 70, et qu'elle a fourni de nombreux cadres aux partis de gauche. Une véritable vendetta a opposé des maronites du Nord, liés à la famille Frangié, aux Phalanges après 1978.

Les maronites sont les grands perdants de la guerre civile et des accords de Taëf. Leur domination sur le Liban a pris fin, comme en a témoigné l'échec du boycottage, par leurs principaux dirigeants, du scrutin législatif de 1992. Une partie d'entre eux ont finalement accepté de participer aux élections de l'été 1996.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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