FORCE DE DÉPLOIEMENT RAPIDE (FDR)
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Ensemble d'unités de l'armée de terre, de l'armée de l'air et de la marine de guerre, ainsi que du corps des marines américains conçu pour intervenir dans les plus brefs délais, prioritairement au Moyen-Orient. Héritière du US
Strike Command créé en 1962, remplacé dix ans plus
tard par l'US Readiness Command, qui n'avaient ni l'un ni l'autre de
destination régionale particulière, la FDR est issue de la
directive présidentielle 18, prise en août 1977 par Jimmy
Carter, fraîchement installé à la Maison Blanche. Sa
vocation est spectaculairement confirmée le 23 janvier 1980,
après l'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan,
à l'occasion du discours sur l'état de l'Union dans lequel le
président des À cette époque, en effet, les dirigeants américains se sentent - ou disent se sentir - menacés par l'avancée de l'Union soviétique dans la région, qui, de la Libye à l'Afghanistan, en passant par l'Éthiopie et le Yémen du Sud, " encerclerait " les régimes pro-occidentaux... et les champs pétrolifères. Il est vrai que, avec le Chah, les États-Unis ont perdu, en 1979, leur principal relais dans la région : fort de son armée d'élite, l'Iran jouait, au Moyen-Orient et dans le Golfe, un rôle de " gendarme " des plus utiles à Washington. La Force de déploiement rapide a dès lors pour objectif de pallier cette grave perte, qui prendra, avec l'affaire des otages de l'ambassade américaine à Téhéran, des allures d'humiliation historique. À peine au pouvoir, Ronald Reagan accélérera la mise en place de la FDR, avec des effectifs et des moyens considérables, disposant d'un nombre accru de bases et de facilités. La FDR a son commandement, le Central Command (CENTCOM), sur la grande base aérienne de McDill en Floride, et bénéficie de celle, américano-britannique, de Diego Garcia, dans l'océan Indien. Le CENTCOM dispose, au total, de 250 000 hommes, effectif qui pourrait, on l'a vu, être porté à un demi-million : le plus gros contingent américain. Il comprend des éléments des forces terrestres (une division héliportée d'assaut, une division d'infanterie mécanisée, une division d'infanterie légère, une division de cavalerie aéroportée), des marines (une unité plus un tiers d'unité amphibie), de l'Air Force (sept escadres aériennes tactiques et deux escadrons de bombardiers stratégiques) et de la Navy (trois groupes de porte-avions d'escadre, un groupe de navires de surface et cinq escadrons de patrouille maritime). Ces moyens peuvent désormais être à pied d'oeuvre dans un délai de deux ou trois jours pour les premières unités arrivées, et d'un mois à un mois et demi pour les dernières : les États-Unis disposent de près de 1 000 avions militaires et civils disponibles pour le transport de troupes, et d'environ 600 unités dans leur flotte de guerre. Mais la rapidité d'intervention dépend pour beaucoup des implantations dans la région. La mise en place de la Force de déploiement rapide a donc renforcé l'importance de la chaîne de bases et de " facilités " dont l'armée américaine a besoin comme escales, lieux de stationnement de troupes, armement et ravitaillement, stations d'écoute, etc. Aux bases acquises en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale se sont ainsi ajoutées, au fil des années 70 et 80 : des " facilités " au Maroc, la base de Ras Banas en Égypte, celle de Masirah à Oman, les ports et aéroports de Mogadiscio et Berbera en Somalie ainsi que le port kenyan de Mombasa. Outre la base de Diego Garcia, louée au Royaume-Uni, il faut enfin ajouter les bases militaires israéliennes que les États-Unis peuvent utiliser. L'insertion de ces bases et " facilités " dans la stratégie militaire du Pentagone, selon la conception dite trip wire, a été d'ailleurs étudiée à l'occasion des manoeuvres Bright Star, qui englobaient avec l'US Army l'Égypte, le Soudan jusqu'en 1985, la Somalie et Oman... C'est ce dispositif dont le monde découvrira l'efficacité lors de la crise du Golfe. En moins de dix mois, il permettra aux États-Unis d'envoyer un demi-million d'hommes, 1 000 chars, 2 000 transports de troupes, 1 300 avions, 1 500 hélicoptères et une centaine de navires, dont six porte-avions, dans le golfe Arabo-Persique : la plus grande mobilisation militaire, en un si court laps de temps, dans l'histoire de l'humanité... Fort des succès remportés durant le conflit contre l'Irak, la Force de déploiement rapide renforcera considérablement son réseau de bases et de facilités au Moyen-Orient. Elle bénéficie dorénavant en Turquie, outre les ports d'Iskenderun et de Yumurtalik, de la base aérienne d'Incirlik, qui sert de Q.G. à " Provide Comfort " et d'où partent les vols de surveillance du nord de l'Irak - en vertu du traité de coopération prorogé en septembre 1990, précisé par la résolution de l'Assemblée nationale de la mi-janvier 1991. Elle a prépositionné des équipements militaires au Koweït, dont elle utilise les ports et aéroports conformément au Pacte de défense de septembre 1991, ainsi qu'au Qatar, grâce au Pacte de défense de 1992 et à l'accord spécifique de mars 1995. Elle profite aussi de facilités dans les bases et ports des Émirats arabes unis (accord de défense de 1991, complété en juillet 1994) et de Bahreïn (accord de coopération d'octobre 1991 et mémorandum de janvier 1994). La situation la plus paradoxale est celle de l'Arabie Saoudite, qui n'a formellement signé aucun traité avec les États-Unis, ce qui ne l'empêche pas d'accueillir cinq mille de soldats américains, notamment à Riyad et sur la base de Dahran où se trouve le Q.G. de " Bouclier de la péninsule " et d'où partent les vols de surveillance du sud de l'Irak - suite à l'attentat du 25 juin 1996, les forces basées à Dahran devraient être déplacées aux environs de Riyad. Au total, dans le seul golfe Arabo-Persique, l'armée américaine déployait, durant l'été 1996, plus de 20 000 hommes. Enfin l'accord israélo-turc de février 1996 et l'ouverture simultanée des bases jordaniennes à l'aviation américaine complète ce dispositif, qui a désormais tout d'une véritable toile d'araignée recouvrant le Moyen-Orient... La Ve flotte américaine, dont le quartier général est à Bahreïn, avait été " désactivée " en 1947 ; elle a repris du service le 1er juillet 1995 et comprend 30 navires de guerres et 15 000 marins et Marines. Le vice-amiral Thomas Boulton Fargo assume le commandement de la Ve flotte et de la flotte maritime du Central command. |
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