YÉMEN
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Le
Bab al Mandeb (Porte des Lamentations) relie la mer Rouge à
l'océan Indien. Moins connu que le détroit d'Ormuz, il
revêt cependant une grande importance stratégique, surtout
depuis la réouverture du Le Yémen du Nord, ou la stabilité retrouvéeIndépendant dès la fin de la Première Guerre mondiale, le Yémen du Nord connut une longue monarchie, qui tenta de maintenir le pays isolé du reste du monde. Mais, en septembre 1962, le colonel Abdallah Al Salal renverse l'imam Mohamed Al Badr qui vient de succéder à son père, Ahmad ben Yahya, et proclame la République. S'ensuit une longue guerre civile - alimentée par l'intervention massive armée de l'Égypte aux côtés des républicains et l'aide active de l'Arabie Saoudite aux monarchistes - qui ravage le pays jusqu'en 1970. Les protagonistes négocient finalement un accord : maintien du régime républicain ; retour de la famille royale à Sanaa ; intégration des royalistes dans l'appareil gouvernemental. Mais l'instabilité persiste, avec une succession d'assassinats politiques et de coups d'État ainsi qu'une guerre, en 1972, avec le Yémen du Sud. En juin 1978 accède au pouvoir Ali Abdallah Saleh qui réussira, lui, à rétablir la stabilité de son pays, malgré les difficultés, y compris une nouvelle mais brève guerre avec le Sud, au début de 1979. Ali Abdallah Saleh impulse une politique d'équilibre entre le puissant voisin saoudien et le Yémen du Sud. Il élimine, au terme d'un long bras de fer, l'opposition de gauche. Il affirme l'autorité de son gouvernement dans la région. Il développe enfin des relations étroites avec l'URSS (voir Russie), en particulier sur le plan militaire, tout en maintenant des liens amicaux avec les États-Unis. L'affaiblissement du régime marxiste du Sud va permettre au président Saleh d'imposer l'unité des deux pays sous sa houlette. Le Yémen du Sud : de la radicalisation à l'instabilitéDepuis l'accession du pays à l'indépendance, à la fin de 1967, et la prise du pouvoir par le Front national de libération (FNL) - à la suite d'une lutte armée contre le colonialisme britannique, qui occupait Aden depuis 1839 -, la vie politique du Yémen du Sud a connu de nombreux soubresauts. Le pays a opté pour une voie de type socialiste - beaucoup plus radicale que celle choisie par la Syrie ou l'Irak, similaire, par certains aspects, à la voie cubaine - et pour une alliance étroite avec l'URSS. Les principaux dirigeants du Front national de libération, qui accède au pouvoir en 1967, proviennent des rangs du Mouvement des nationalistes arabes (MNA) de George Habache, qui a marqué tout une génération de la gauche proche-orientale. La victoire de la gauche du FNL, en juin 1969, engage le pays dans la construction du socialisme : collectivisation de l'agriculture et de l'ensemble de l'économie, y compris le petit commerce ; programmes sociaux et éducation, amélioration du statut de la femme. Trois hommes symbolisent ce nouveau cours : Abdel Fatah Ismaïl, le secrétaire général ; Ali Nasser Mohamed, le Premier ministre ; Salem Robaya Ali, le président de la République. Vingt ans plus tard, deux d'entre eux sont morts et le troisième a été éliminé... Engagés, à l'époque, dans une alliance de plus en plus étroite avec Moscou, ces dirigeants décident d'unifier la gauche - en particulier le Parti de l'avant-garde populaire, baasiste, et l'Union démocratique du peuple, communiste - et de créer un parti unique d'avant-garde. Le 11 octobre 1978 s'ouvre le premier congrès du nouveau Parti socialiste yéménite (PSY), mais sans Robaya Ali, exécuté au mois de juin à la suite d'une tentative d'un coup d'État. Le règne du nouvel homme fort, Abdel Fatah Ismaïl, ne durera pas : accusé d'avoir aggravé le conflit avec le Nord et d'avoir isolé le pays de ses voisins, il part en avril 1980 pour un exil doré, à Moscou. Le remplace Ali Nasser Mohamed qui, tout en maintenant les relations privilégiées avec l'URSS, cherche à normaliser ses rapports avec les États voisins, y compris l'Arabie Saoudite et Oman avec qui Aden établit des relations diplomatiques, le 27 octobre 1983, puis délimite ses frontières. Sur le plan économique, la nouvelle équipe met en oeuvre une meilleure gestion et accorde un rôle plus actif au secteur privé. Mais les divisions internes demeurent, attisées plus par les ambitions individuelles que par les divergences politiques. Le retour d'Abdel Fatah Ismaïl, en février 1985, accentue les tensions. Et, le 13 janvier 1986, une véritable guerre civile éclate à Aden et dans tout le pays entre les partisans d'Ismaïl et ceux de Ali Nasser. Terrible bilan : plusieurs milliers de tués, parmi lesquels de nombreux dirigeants du parti - dont Abdel Fatah Ismaïl - et des centaines de millions de dollars de dégâts. Ali Nasser Mohamed et 70 000 de ses partisans se réfugient au Yémen du Nord. La nouvelle équipe, composée de dirigeants de second plan - dont le nouveau secrétaire général du PSY, Ali Salem Al Bayd -, réprime vigoureusement ses adversaires. Mais le coup porté au " régime socialiste " est mortel, d'autant que les transformations s'accélèrent en Union soviétique et en Europe de l'Est. Dans ces conditions, le PSY cherchera son salut dans l'unité du Yémen. L'unitéC'est le 21 mai 1989 que les parlements des deux pays ratifient l'unification du Nord et du Sud, donnant vie ainsi à un rêve séculaire. Un conseil présidentiel de cinq personnes (trois Nordistes et deux Sudistes), présidé par Ali Abdallah Saleh, est élu et un régime multipartite se met en place, dominé par l'alliance entre le Congrès général populaire de Ali Saleh et le PSY. Cette nouvelle puissance régionale suscite de profondes inquiétudes en Arabie Saoudite, d'autant qu'il existe, depuis 1954, un important contentieux territorial : Sanaa n'a jamais reconnu l'annexion par Riyad des trois provinces de Jizane, du Asir et du Najran. Les Saoudiens ont, par ailleurs, joué un rôle important aux côtés des tribus royalistes entre 1962 et 1970, et n'ont pas cessé depuis de les financer. Ce différend prendra une nouvelle dimension lors de la crise du Golfe. Le Yémen refusant de participer à la coalition anti-irakienne, l'Arabie Saoudite expulse alors, dans des conditions inhumaines, 800 000 Yéménites installés chez elle depuis des dizaines d'années, privant Sanaa de précieuses devises et créant un insupportable fardeau pour un des pays les plus pauvres du monde ; elle arrête aussi son aide financière. Ces difficultés accentuent les dissensions au sein de la coalition gouvernementale - entre le PSY, plus laïc et plus moderniste, et le Congrès général populaire, qui tente de se raccommoder avec Riyad et qui se rapproche de l'opposition islamiste El Islah, fondé en septembre 1990 par les représentants de trois forces politico-sociales : les tribus, la bourgeoisie marchande, les Frères musulmans, qui contrôlent l'organisation. Malgré la tenue d'élections le 27 avril 1993, qui voient la victoire du Congrès général du peuple, la tension entre sudistes et nordistes ne cesse de s'accroître, marquée par le meurtre de plusieurs dizaines de cadres du PSY. Le 5 mai 1994, les troupes nordistes franchissent l'ancienne frontière entre le Nord et le Sud : la guerre civile durera jusqu'au 7 juillet, date de la prise d'Aden. Le conflit marque l'élimination du PSY de la vie politique, le renforcement du caractère autoritaire du régime et l'influence grandissante de l'Islah. Durant la guerre civile, et dans le but d'affaiblir son voisin, l'Arabie Saoudite a soutenu les " communistes " du Sud, qui trouveront refuge chez elle, après la défaite. Au début 1995, une nouvelle crise met les deux pays au bord de la guerre, mais débouche, le 26 février 1995, sur un " document d'entente " , signé à La Mecque. La normalisation globale des relations s'accompagne d'une reconnaissance par Sanaa du caractère " légitime et contraignant " du traité de Taëf. Six comités sont créés pour délimiter le reste des frontières maritimes et terrestres et pour définir les relations économiques et politiques entre les deux pays. Mais dix-huit mois plus tard, les négociations étaient au point mort. Le Yémen s'étend sur 536 000 kilomètres carrés et compte environ 13 millions d'habitants - dont 2,5 millions au Sud. La population vit principalement dans les campagnes - regroupée, notamment au Nord, dans 75 tribus alliées au sein de confédérations qui jouent un important rôle politique. Le pays, très pauvre, est essentiellement agricole, mais la découverte de pétrole au Nord comme au Sud, au milieu des années 80, suscite certains espoirs. Aden possède une grande raffinerie et les capacités de pêche sont notables. Environ la moitié de la population est zaïdite - une des sectes issues du chiisme - tandis que l'autre est musulmane sunnite. |
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