EMPIRE OTTOMAN

Ensemble de pays dominés par les Turcs, il naît de leur expansion aux XIIIe et XIVe siècles, et meurt en 1920, à l'issue de la guerre dans laquelle il s'est engagé aux côtés des puissances centrales et qui aboutit à son démembrement.

C'est avec la prise de Constantinople, la capitale de l'Empire byzantin, en 1453, que les Ottomans s'affirment. Ils tenaient déjà, depuis le XIVe siècle, la Grèce, la Serbie et la Bulgarie, et s'empareront bientôt de l'Asie Mineure et de la mer Noire. Sélim Ier y ajoute le monde arabe : Mésopotamie, Égypte, Syrie et, pour partie, la péninsule Arabique. À son tour, Soliman le Magnifique, son successeur, s'empare des territoires de l'ancienne Yougoslavie, de l'essentiel de la Hongrie et de la Transylvanie. Lorsqu'il meurt en 1566, l'Empire va de Vienne à Aden et de la Caspienne à Alger, couvre la Méditerranée, la mer Noire et la mer Rouge, maîtrise les grandes voies de communication et dirige une cinquantaine de millions d'hommes d'une vingtaine de nationalités...

Le déclin de l'Empire ottoman tient à plusieurs facteurs. Les uns se trouvent dans le système lui-même : les sultans souvent incompétents, l'administration incapable et vénale, la caste héréditaire nuisible qu'est devenu le corps d'élite des janissaires, etc. D'autres découlent de la réaction d'une partie des peuples opprimés : les nationalismes se manifestent avec une vigueur croissante dans le monde arabe, mais aussi du côté kurde et chez les Arméniens, fortement encouragés par les Européens. Enfin, l'Empire ne bénéficie plus de la dynamique des conquêtes, bloquée par la force des grandes métropoles occidentales qui, depuis le XVIIIe siècle, ne dissimulent pas leurs appétits. De " l'homme malade de l'Europe " - c'est ainsi que le tsar Nicolas Ier qualifiait la Sublime Porte -, chacun lorgne l'héritage et en met sa part de côté.

Une simple carte en témoigne. À l'ouest, la France a mis la main sur l'Afrique du Nord, alors qu'elle bénéficiait déjà des Capitulations (depuis François Ier), de la défense des chrétiens libanais et de la protection des Lieux saints catholiques. La Grande-Bretagne, dans l'ordre chronologique, s'est emparée - avec des statuts divers - de Malte, de la Côte des Pirates et des Émirats du Golfe, d'Aden, d'Oman, de Chypre, de Suez et de l'Égypte, du Soudan et du sud de l'Arabie. La Russie, elle, n'a arraché qu'une zone d'influence en Perse, d'ailleurs partagée avec Londres, qui contrôle également l'Afghanistan. L'Allemagne exerce une influence essentiellement économique et militaire.

Mais les ambitions de l'Occident dans l'Empire ottoman ne se limitent pas à un drapeau planté sur une terre : ce que recherchent Paris, Londres, Berlin et les autres, ce sont des matières premières à bas prix, des placements rentables pour leurs capitaux, des marchés pour leurs produits, et la garantie de lignes de communication sûres. D'où la pénétration économique du capital étranger : 9 milliards de francs en 1914, dont 54 % français, 25 % anglais, 9,3 % allemands, le reste essentiellement belge, suisse ou italien. En Égypte, par exemple, on estime que 70 % des actions et obligations sont détenues par des étrangers. À travers cette invasion, l'Europe règne sur la banque, les moyens de communication (chemins de fer, ports, routes), les principaux services (eau, gaz, électricité, téléphone), les activités minières... et le pétrole. Elle veille, dans le même temps, à ne pas favoriser la naissance d'industries locales qui gêneraient ses propres exportations vers l'Empire. Enfin, à travers leurs nationaux, les sociétés missionnaires et les établissements scolaires, les puissances coloniales se disputent l'influence culturelle déterminante. À la veille de la Grande Guerre, la France, par exemple, compte plus de 100 000 élèves dans ses écoles, lycées et universités...

Le partage de l'Empire ottoman est donc prêt. La guerre, dans laquelle il s'allie à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie, servira de prétexte à le rendre officiel. C'est ce à quoi s'attacheront les accords Sykes-Picot et les accords de paix de Sèvres signés le 10 août 1920.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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