SABRA ET CHATILA (massacres de)

C'est avant même la fin de la guerre de Palestine en 1949, que se créent les premiers camps de réfugiés au Liban : certains dans le sud du pays, d'autres dans la banlieue de Beyrouth. Sabra et Chatila sont parmi ces derniers. Soumis à un contrôle tatillon de l'armée libanaise, se voyant interdire toute activité politique ou sociale, les Palestiniens des camps ne conquièrent leur autonomie qu'à la fin des années 60, avec la montée en force des fedayin. Au début des années 80, on estimait à 25 000 le nombre d'habitants de Chatila, à 12 000 celui de Sabra.

Le 2 septembre 1982, les derniers combattants palestiniens quittent Beyrouth. Béchir Gemayel, chef des Forces libanaises et allié d'Israël, est élu chef de l'État. Le 14 septembre s'achève le départ de la Force multinationale (États-Unis, France, Italie), qui avait assuré l'évacuation de l'OLP. Le même jour, une charge de 50 kilos de TNT détruit l'immeuble où se trouve le président, non encore intronisé, du Liban. Béchir Gemayel disparaît. Dans la nuit du 14 au 15 septembre, Tsahal (l'armée israélienne) investit Beyrouth-Ouest, violant les engagements pris auprès de l'OLP par l'envoyé américain, Philip Habib. Le 16 septembre à 17 heures, à l'instigation de l'armée d'Israël, les Forces libanaises pénètrent dans les camps de Sabra et Chatila pour des " nettoyages de terroristes ". Dès le 17 septembre au matin, les soldats israéliens, qui encerclent les camps, sont témoins de massacres de civils. Ceux-ci n'en continuent pas moins jusqu'au 18 au matin. Bilan : 800 morts, selon la commission d'enquête israélienne présidée par le juge Kahane ; 1 500, suivant l'OLP.

Dès les faits connus, l'émotion est immense dans le monde et en Israël. Si Menahem Begin dénonce " la conspiration sanguinaire menée contre l'État juif et son gouvernement " et refuse toute commission d'enquête, 400 000 personnes manifestent en sens contraire, le 25 septembre, à Tel Aviv. Elles obtiennent gain de cause et, le 28, la commission Kahane est chargée de faire la vérité sur les événements.

Ses conclusions lèvent le voile sur une partie du déroulement des opérations, et dégagent " un certain degré de responsabilité " de Menahem Begin. Elles suggèrent le limogeage du ministre de la Défense, Ariel Sharon, et mettent en cause plusieurs responsables militaires, dont Raphaël Eytan, le chef d'état-major. Mais, malgré la crise de conscience suscitée en Israël, le système absorbera très bien les " révélations " du rapport qui n'a jamais examiné le fond du problème : l'invasion du Liban, l'entrée de Tsahal à Beyrouth-Ouest, l'alliance avec les Forces libanaises (que le journal populaire israélien Yedioth Abaronoth décrit comme une " racaille organisée "). Et si Menahem Begin finit par s'effacer, Ariel Sharon demeure un ministre influent - y compris sous les gouvernements d'union nationale. Quant à Raphaël Eytan, il s'est reconverti dans la politique en fondant le mouvement d'extrême-droite Tsomet, qu'il représentera au parlement. En 1996, il s'alliera avec le Likoud pour porter au pouvoir Benjamin Netanyahou, qui lui confiera le portefeuille de l'agriculture et de l'environnement. Ariel Sharon, quant à lui, fera un retour bruyant à la tête d'un superministère des infrastructures, taillé sur mesure pour lui permettre de relancer la colonisation des Territoires occupés.

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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