GOLAN (plateau du)
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Nom du plateau syrien situé au nord-est de l' L'importance du Golan a été perçue dès l'Antiquité. Chemin des caravanes de Damas et de Bagdad vers la Méditerranée, les Grecs l'occupent et le nomment Gaulanitide. Les Romains le rattacheront à la province de Pérée, dont les gouverneurs siégeront à Kuneitra, chef-lieu actuel du plateau. Puis les Arabes, au VIIe siècle, le conquièrent sous le nom d'Al Joulane. Conformément aux accords Sykes-Picot de 1916, les traités qui conclurent la Première Guerre mondiale font du Golan une partie intégrante du mandat syrien confié à la France, statut que confirmeront les réalités issues de la Seconde Guerre mondiale. L'enjeu du plateau est d'abord stratégique : il domine à 1 000 mètres d'altitude la plaine du Hauran en Syrie, la vallée de la Galilée en Israël, et donne, du côté du Liban, sur l'Anti-Liban et le Hermon. Son relief accidenté renforce encore ce caractère de place forte, que les Syriens, après la création de l'État d'Israël, vont peupler de bunkers, de tranchées et de pièces d'artillerie redoutables pour les lignes israéliennes situées en contrebas. Le Golan est aussi un véritable château d'eau d'où sont issus les affluents orientaux du lac de Tibériade et du haut Jourdain, qui fournissent à Israël près de 300 millions de mètres cubes d'eau... Ce sont ces trois avantages qu'Israël convoite lorsque, le 9 juin 1967, une fois les combats arrêtés sur les fronts égyptien et jordanien, l'armée israélienne se lance à l'assaut du Golan, qui tombera en deux jours. La surface occupée augmentera de 510 kilomètres carrés après la guerre de 1973, du moins jusqu'au 31 mai 1974 : l'accord syro-israélien de désengagement, négocié par le secrétaire d'État américain, Henry Kissinger, permet à Damas de récupérer la nouvelle poche envahie lors de Kippour et une petite partie du Golan, dont Kuneitra. Une force des Nations unies, d'environ un millier d'hommes, sépare les deux armées dont le déploiement dans la région est strictement limité. Mais le problème du plateau demeure, doublé de celui de ses réfugiés (ils étaient 110 000 en 1967). Sur place, en effet, Israël s'est organisé pour durer. Les installations " héritées " de l'armée syrienne ont été complétées par des implantations militaires. Les colonies de peuplement se sont multipliées - une cinquantaine édifiées depuis 1967. Les occupants - au nombre de 16 000 en 1996 - ont pris en main les richesses du sol, en premier lieu l'eau. Les 15 000 habitants restés sur place après l'exode des Six Jours, tous druzes, ont dû résister à la volonté de Jérusalem de leur imposer la loi et la citoyenneté d'Israël. L'agitation, déjà vive au printemps 1981, redoublera lorsque, le 14 décembre 1981, un jour après le coup d'État du général Wojciech Jaruzelski en Pologne, Menahem Begin, transformant l'annexion de fait en annexion de droit, obtient de la Knesset un vote " appliquant aux hauteurs du Golan la législation israélienne ". L'appartenance du Golan à Eretz Israël, la protection des colons juifs et le refus de Damas de négocier ne suffisent pas à justifier la décision israélienne ; elle est déclarée " nulle et non avenue " par l'Assemblée générale de l'ONU, le 17 décembre, à l'unanimité moins deux voix (Israël et les États-Unis). Dès le 1er septembre 1975, le président Gerald Ford, dans une lettre envoyée au premier ministre Itzhak Rabin, précisait : " Les Etats-Unis n'ont pas déterminé une position définitive en ce qui concerne les frontières [entre la Syrie et Israël]. S'ils le faisaient, ils accorderaient un grand poids à la position israélienne selon laquelle tout accord de paix avec la Syrie doit consentir à ce qu'Israël reste sur les hauteurs du Golan. " En principe, cette position engage les successeurs de Gerald Ford à la Maison Blanche. Le Golan est au coeur des négociations israélo-syriennes qui se sont intensifiées depuis la conférence de Madrid et les accords d'Oslo. Pour Damas, il s'agit de récupérer un territoire occupé, et aucun compromis n'est possible concernant sa souveraineté sur le plateau. Pour Israël, les arguments stratégiques se combinent avec la volonté de conserver une zone riche en eau et le poids électoral de milliers de colons, largement travaillistes, appuyés par une partie non négligeable de la population. Mais le tracé de la frontière définitive entre Israël et la Syrie comporte une autre difficulté : les zones démilitarisées en 1949-1950 que Damas refuse de céder (voir carte page 136). Après bien des difficultés, les négociations semblent repartir à la fin de l'année 1995, sous la pression américaine. Mais la victoire de la droite aux élections israéliennes du 29 mai 1996 modifie la donne. Si Benyamin Netanyahou affirme qu'il est prêt à négocier sans conditions avec la Syrie, le programme de son gouvernement spécifiait, en juin 1996, que " la base de tout arrangement avec la Syrie sera la rétention de la souveraineté israélienne sur le Golan ". |
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