SYKES-PICOT (accords)

Accords secrets conclus en 1916 entre la France et la Grande-Bretagne puis ratifiés par la Russie, en vue du partage de l'Empire ottoman, allié de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie au cours de la Première Guerre mondiale. Complétés par les accords de Saint-Jean-de-Maurienne auxquels se joint l'Italie, ils répartissent les zones d'influence des puissances victorieuses :

- la Russie s'est réservé le nord-est de l'Empire, et, à l'ouest, Constantinople, la côte ouest du Bosphore, la mer de Marmara, les Dardanelles, ainsi qu'une partie de la côte d'Asie Mineure et de la mer Noire. Le port de Constantinople et les détroits restent cependant libres à la navigation des flottes alliées ;

- la Grèce et l'Italie obtiennent, l'une une petite zone, autour de Smyrne, à l'ouest de l'Anatolie, l'autre tout le sud de l'ancienne Turquie ;

- la France s'adjuge la Cilicie et le vilayet d'Adana, la bande côtière libano-syrienne ainsi qu'une zone d'influence correspondant à l'actuelle Syrie, plus la région pétrolifère de Mossoul, que Clemenceau rétrocédera en 1918 aux Britanniques ;

- la Grande-Bretagne s'attribue l'est de la Mésopotamie, l'ouest entrant dans sa zone d'influence de même que le territoire de l'actuelle Jordanie, ces deux zones devant former un État ou une Confédération d'États arabes ;

- la Palestine, enfin, serait internationalisée, les ports de Haïfa et Saint-Jean-d'Acre revenant à la Grande-Bretagne ;

- seule la péninsule Arabique, sous direction hachémite, deviendrait indépendante.

Les accords Sykes-Picot contredisaient, il est vrai, les engagements pris par la Grande-Bretagne auprès des Arabes. Mais leur auteur britannique, Mark Sykes, n'écrivait-il pas alors à lord Curzon : " Mon ambition est que les Arabes soient notre premier dominion - et non notre dernière colonie - à peau bronzée. Les Arabes réagissent contre vous si vous essayez de les mener, et ils sont aussi tenaces que les Juifs, mais on peut les conduire partout sans user de force si c'est théoriquement bras dessus bras dessous. "

Comme bien des peaux d'ours vendues avant la mort de l'animal, les accords Sykes-Picot n'entreront que partiellement en vigueur. Les révolutionnaires soviétiques dénonceront en 1917 les engagements de leurs prédécesseurs au pouvoir. Les nationalistes turcs, conduits par Moustapha Kemal, libéreront, de 1919 à 1922, l'Anatolie de ses occupants français, italiens et grecs installés après l'armistice. Mais, pour le reste, la carte ainsi dessinée fournira le cadre des affrontements de l'entre-deux-guerres " accoucheuse des nations ", cadre fixé par la conférence de San Remo (avril 1920), le traité de Sèvres (août 1920) et sa ratification par la Société des nations (juillet 1922).

Les 100 Portes du Proche-Orient
Alain Gresh - Dominique Vidal
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