HUSSEIN (Saddam)
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Musulman sunnite, né le 28
avril 1937 à Takrit, une ville au nord de Bagdad, dans une famille
paysanne, Saddam Hussein règne depuis plus de vingt ans sur l' Arrêté en octobre 1964, il passe deux années en prison. À sa sortie, il est élu secrétaire général adjoint du parti. Mais ce sont les officiers baasistes, et à leur tête Hassan Al Bakr, qui organisent le coup d'État du 17 juillet 1968, puis éliminent, le 30 juillet, quelques-uns de leurs alliés. À partir de cette date commence l'irrésistible ascension de Saddam Hussein. En alliance avec Al Bakr, il renforce l'aile politique du Baas - dont l'influence est réduite - et réussit notamment la " baasisation " des forces armées : avant la fin 1970, 3 000 commissaires politiques encadrent les officiers. En novembre 1969, il accède à la vice-présidence du Conseil de commandement de la révolution (CCR), le véritable centre du pouvoir. Par l'élimination - y compris l'assassinat politique - de ses rivaux, le duo Saddam Hussein-Hassan Al Bakr assure définitivement son pouvoir à la fin de 1971. Saddam Hussein s'en affirme le véritable homme fort. Brutal mais pragmatique, il prend les grandes décisions qui marquent l'Irak, de la nationalisation du pétrole à l'attaque contre l'Iran, puis à l'invasion du Koweït. La fonction d'Al Bakr était surtout d'assurer la loyauté d'un maximum d'officiers. Petit à petit, il devient inutile : le 16 juillet 1979, il démissionne de la présidence de la République et du CCR, immédiatement remplacé par Saddam, qui encourage autour de sa personne un culte de plus en plus grandiose. Quelques jours plus tard, plusieurs hauts dirigeants passent en jugement et sont exécutés pour " complot " et " complicité " avec la Syrie. Plus que jamais, le CCR devient, pour Saddam, un instrument sûr, où dominent les éléments sunnites originaires de Takrit (comme le président) ainsi que les membres de sa famille. À partir de 1979, Saddam accélère la réorientation de l'Irak vers le camp modéré arabe et, après la mort de Sadate, la constitution d'un axe Bagdad-Amman-Le Caire. La guerre irako-iranienne confirme une formidable militarisation du pays, rendue possible par la complaisance dont bénéficie Saddam Hussein à l'étranger, notamment en Occident - une complaisance que n'entamera pas l'utilisation par son armée de gaz chimiques contre l'armée iranienne et contre les rebelles kurdes : n'est-il pas le meilleur rempart contre le " danger islamiste " ? La fin du conflit, en 1988, avec ses centaines de milliers de victimes, laisse l'Irak exsangue et ruiné. Pour tenter de sortir de la crise, Saddam Hussein se lance à nouveau dans l'aventure et envahit le Koweït le 2 août 1990. Incapable d'anticiper l'ampleur de la riposte américaine, il laissera échapper diverses occasions de règlement pacifique de la crise du Golfe, qui se transformera en guerre et en défaite cuisante pour son pays. Une certaine passivité occidentale lui permet de venir à bout des insurrections chiite et kurde du printemps 1991, et il réussit à consolider son pouvoir après une période de flottement. Il utilise de plus en plus les solidarités primaires, notamment tribales, pour survivre. La défection de ses deux gendres, qui se réfugient en Jordanie le 8 août 1995, porte un dur coup au régime. Le général Hussein Kamel Al Majid et son frère, le colonel Saddam Kamel, font partie du cercle intime du pouvoir. Le premier, responsable du programme militaire de l'Irak, fournira aux Nations unies des indications confirmant que le pouvoir a dissimulé de nombreux documents sur ses programmes d'armement, ce qui éloigne pour longtemps - malgré l'autorisation au printemps 1996, d'une vente limitée de pétrole - toute perspective de levée des sanctions. Le retour négocié des deux frères en Irak et leur assassinat, le 23 février 1996, jettent une lumière crue sur la brutalité des méthodes du dictateur. |
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Alain Gresh - Dominique Vidal
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