TERRORISME
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" L'homme de l'année
aurait pu s'appeler le terroriste ", écrivait en 1985
un journal de la presse parisienne. Une décennie plus tard, le
terrorisme recommence à hanter les opinions publiques occidentales et
constitue un cheval de bataille des gouvernements. Le 13 mars 1996, à
Charm El Cheikh (Égypte), au lendemain des attentats
déclenchés par le Pourtant, à la simple question : " Qu'est-ce que le terrorisme ? ", il est bien difficile de trouver, dans les déclarations des hommes politiques ou dans la littérature spécialisée, une réponse univoque. Le terrorisme ne peut être confondu avec l'utilisation de la violence. Un des premiers droits " naturels et imprescriptibles " proclamés par la Révolution française et la Déclaration des droits de l'homme ne fut-il pas " la résistance à l'oppression " ? De ce point de vue, on ne savait - sans une considérable mauvaise foi - qualifier par exemple de terroriste la lutte en cours, dans le sud du Liban, contre une armée d'occupation. Cette ambiguïté levée, il est possible, non sans quelque approximation, de qualifier de terrorisme les actes de violence qui touchent des populations civiles innocentes dans le but de créer un climat d'insécurité et d'atteindre certains objectifs politiques. Mais comment ranger dans la même catégorie l'empoisonnement au gaz perpétré par la secte Aum dans le métro de Tokyo et les voitures piégées de l'Armée républicaine irlandaise ? Les milices d'extrême-droite américaines responsables de la tuerie d'Oklahoma relèvent-elles de la même logique que les bombes de l'ETA basque ? A force d'" être appliqué à des types bien différents de violence, dont certains, notamment sur le plan intérieur, n'ont pas de but politique ", le concept de terrorisme a perdu de sa signification, note Adrian Guelke, un expert sud-africain (The Age of Terrorism) - il affirme même qu'il s'est " désintégré. " Enfin, il ne faut pas oublier le terrorisme d'Etat fréquemment utilisé au Proche-Orient : bombardements indiscriminés, déportations de population, voitures piégées, ont été utilisés par les pouvoirs israélien, syrien, irakien, iranien, etc. " Un gouvernement sincère doit admettre, notait un éditorialiste de l'hebdomadaire The Economist, que le terrorisme met au jour souvent un grief légitime. " L'histoire l'a amplement prouvé, les anciens " terroristes " sont devenus des dirigeants respectés. Menahem Begin et Itzhak Shamir furent impliqués dans les années 40, dans des attentats meurtriers contre des civils arabes, avant d'accéder aux plus hautes charges en Israël. Les " tueurs du FLN ", dénoncés, jour après jour, par les autorités françaises et par la majorité des journaux, ont conduit l'Algérie à l'indépendance. Plus récemment, d'autres exemples le confirment : ceux-là même qui agitèrent longtemps l'épouvantail de la violence pour refuser tout compromis durent renoncer à leur intransigeance. Le pouvoir sud-africain blanc a finalement traité avec l'ANC. Itzhak Rabin a serré la main à Yasser Arafat, " un homme aux mains couvertes de sang juif " , et négocié avec l'OLP - une organisation avec laquelle Washington refusa tout contact pendant plus de deux décennies - pour tenter d'arracher le Proche-Orient à l'engrenage des haines. Historiquement, c'est le caractère spectaculaire de ses méthodes qui marque l'action terroriste. Le détournement d'avion est l'une d'elles. Inaugurée par le gouvernement Guy Mollet le 22 octobre 1956 - avec l'atterrissage forcé de l'avion qui transportait, entre Rabat et Tunis, Ben Bella et plusieurs dirigeants du FLN -, cette pratique fut relancée après la guerre israélo-arabe de 1967. Le 23 juillet 1968, le FPLP détourne le vol El Al entre Rome et Tel Aviv. Le Fath ne se ralliera à ce type d'action qu'après le Septembre noir jordanien. En 1973, l'OLP et ses principales composantes y renoncent ; seuls des petits groupes dissidents, dont celui d'Abou Nidal, continuent à y avoir recours. Une nouvelle relance suivra l'invasion israélienne du Liban en 1982 ; des groupes chiites libanais se joignent aux desperados palestiniens. Le détournement, en juin 1985, d'un Boeing de la TWA pendant seize jours sur Beyrouth puis, en octobre 1985, du bateau Achille Lauro et de l'avion égyptien qui transportait vers Tunis les auteurs de cet acte furent les cas les plus dramatiques de cette nouvelle phase du terrorisme. Les mesures de sécurité prises dans les aéroports et la condamnation par l'OLP de ce type d'activité ont réduit considérablement les détournements d'avion, désormais traités comme des affaires locales. En revanche, le sabotage d'avions, comme celui qui a frappé le vol Pan Am 103, dit attentat de Lockerbie (21 décembre 1988) et le vol DC-10 d'UTA au-dessus de l'Afrique (19 septembre 1989) - ainsi que celui, non élucidé, contre un vol de la TWA (17 juillet 1996) - est un phénomène récent, d'autant plus inquiétant qu'il n'est jamais revendiqué. L'enlèvement d'otages constitue sans doute une pratique aussi vieille que la guerre. Il est fréquent dans les zones de conflits ou d'affrontements. Ainsi, au Kurdistan d'Irak où les groupes de peshmerga ont kidnappé à plusieurs reprises des techniciens étrangers. Mais, pays de toutes les discordes, le Liban a représenté dans les années 80, le terrain d'élection de cette catégorie d'actes, facilités par la disparition de l'État. D'abord utilisés dans la guerre civile, les enlèvements se sont étendus - surtout après 1982 - aux communautés étrangères. Sans avoir disparu, la prise d'otages s'est raréfiée au Proche-Orient dans les années 90. On ne peut manquer de constater que les deux grandes vagues de terrorisme non étatiques dans la région ont correspondu aux périodes de frustration maximale pour les peuples arabes et d'impasse politique : après 1970 et après 1982. Une partie de la jeunesse palestinienne et libanaise a vu alors dans n'importe quelle action le moyen d'exprimer sa frustration. L'oublier, c'est se condamner à ne jamais pouvoir combattre réellement le phénomène terroriste. S'il vide les accords d'Oslo de toute substance et sabote tout espoir de paix juste, on peut craindre que Benyamin Netanyahou, le chef de la droite israélienne, prépare le terrain aux " commandos-suicide " de demain. |
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