Séance du Mardi 22 septembre 1981 au Sénat
(morceaux choisis)
Présidence de M. Maurice Schuman
M. François Autin, secrétaire d'État auprès du
ministre de la solidarité nationale (Immigrés) rappelle le contenu du
rapport de la Commission dont il félicité le
président.
....
A cette époque troublée, la psychose de la cinquième colonne et la lutte contre
les groupements nazis en France expliquaient parfaitement que le gouvernement
et les assemblées d'alors aient pu être conduits à prendre de telles mesures.
Mais vous reconnaîtrez que la période actuelle est sensiblement différente. Il
nous a semblé qu'il convenait de mettre fin à cette situation qui confine
parfois à l'absurde lorsque, par exemple, d'inoffensives associations de
parents d'élèves ou de locataires, tombant sous le régime de l'autorisation et
de la surveillance, ne peuvent avoir d'existence légale dans les quartiers à
forte population immigrée, alors que, inversement, certaines associations, pour
se soustraire à se régime très contraignant, refusent l'adhésion d'étrangers ou
l'entrée de ceux-ci dans les conseils d'administration.
Parlant
des associations internationales
Avec l'ouverture des frontières et le développement des échanges
internationaux, le rôle qu'elles jouent et qu'elles sont appelées à jouer est
irremplaçable.
Il
rappelle les contradiction du texte de 1939 avec le droit international
On peut aller plus loin et se demander si cette législation est compatible avec
certaines dispositions de la loi de juillet 1972 contre le racisme votée par le
Parlement, notamment avec la disposition qui prévoit que sont punis d'emprisonnement
tous dépositaire de l'ordre public ou citoyen chargé d'un ministère de service
public qui, en raison de l'origine, de l'appartenance ou de la non-appartenance
d'une personne à une ethnie, une nation, une religion déterminée lui auront refusé
sciemment le bénéfice d'un droit auquel celle-ci pouvait prétendre. Or le droit
d'association est un droit auquel tout citoyen, quelle que soit son ethnie, sa
nation ou sa religion, doit pouvoir prétendre.
...
Je vous propose donc de modifier cette législation anachronique qui fait
obstacle, aujourd'hui, à la mise en œuvre
de la nouvelle politique en faveur de la population immigrée telle qu'elle a
été définie par le gouvernement. ( c'est moi qui souligne ce
passage parce qu'il éclaire les motivations du gouvernement.)
Des cas
de dissolution sont prévus
J'ajoute que le caractère judiciaire de la décision prévue dans ce texte
interdit tout arbitraire, notamment par le débat public et les garanties dont
sera entourée cette dissolution.
Sous cette réserve, nous considérons que le droit d'association se situe au
premier plan des droits à promouvoir. Il constitue à bien des égards,
pensons-nous, le premier des droits civiques. Les associations, en effet,
apportent à toute la population, mais principalement aux immigrés, d'abord la
représentativité que nul ne saurait leur dénier, ensuite un moyen de remédier à
l'instabilité et à la précarité inhérentes à leur
condition. L'exercice d'un tel droit constitue un moyen puissant de favoriser
l'adaptation des individus à leur cadre de vie. Il doit permettre aux immigrés
de rompre l'isolement dans lequel, trop souvent, hélas ! ils
vivent et prendre leur part de responsabilités à une vie associative dont l'importance
est désormais unanimement reconnue, même lorsqu'il d'associations aussi banales
que les associations de parents d'élèves ou les associations de locataires.
Voilà, mesdames, messieurs les sénateurs, très brièvement exposés, les motifs
pour lesquels je vous demande de bien vouloir adopter ce projet de loi.
...
M. Charles de Cuttoli , rapporteur de la commission des
lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du règlement et
d'administration générale reprend en gros son rapport. Il y ajoutera
cependant :
Il y a incontestablement un changement des mentalités en faveur de la
reconnaissance du droit des étrangers à une égalité de traitement dans beaucoup
de domaines.
Cette évolution s'accompagne d'un contrôle renforcé des conditions d'entrée et
de séjour, qui s'explique par des raisons tenant au marché de l'emploi mais
aussi à de nouvelles garanties individuelles pour les étrangers qui résident
régulièrement et durablement sur notre sol.
.....
Il est d'ailleurs surprenant ... que cette législation de temps de guerre n'ait
pas évolué dans les textes depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. (Il y eu la "Guerre
froide", ce qui empêcha, sans doute, l'adoption de
propositions de loi faite par le Parti c ommuniste)
Cependant, si la législation n'a pas évolué, la pratique administrative, elle,
s'est assouplie. L'administration a fait preuve d'une tolérance qui s'est
accrue en ce qui concerne les associations étrangères. Certaines ne sont pas
autorisées, mais continuent à fonctionner au vu et au su de l'administration
alors qu'elles présentent, d'une façon indiscutable, les caractéristiques
d'association étrangère.
......
J'ajouterai, si vous le permettez, une observation personnelle. Le Français de
l'étranger que je suis, qui vit à l'étranger plus souvent qu'en France, qui
visite les communautés françaises établies dans le monde entier, sait à quel
point la vie associative pour les expatriés constitue un élément absolument capital.
Les Français qui sont à l'étranger sont réunis dans des associations où ils
reconstituent une atmosphère française qui est un lien culturel et social avec
la métropole.
Je comprends très bien que les communautés étrangères qui habitent en France
éprouvent le besoin de se regrouper, d'autant plus que ces immigrés ont surtout
un travail manuel et non pas intellectuel. Ils ont, plus que les autres, besoin
de vie associative et de solidarité afin de pouvoir vivre sur notre territoire
dans les meilleures conditions possibles conformément aux traditions de
générosité et d'hospitalité de notre pays.
..........
Mme Cécile Goldet. ..... On pourrait croire que ces
mesures sont peu à peu tombées en désuétude. cela eût
pu être le cas. Or il n'en est rien, et je peux citer le cas d'une association
pour laquelle j'ai tout récemment été amenée à intervenir. Il s'agit d'une
association d'immigrés espagnols, qui, à l'initiative d'une paroisse
parisienne, a organisé la scolarisation des enfants de six à seize ans en
espagnol quelques heures par semaine.
Cette entreprise a si bien réussi qu'elle s'est étendue d'abord à quelques
arrondissements parisiens, puis à plusieurs communes de la région parisienne,
enfin à d'autres villes. Les huit ou dix premières associations ont été
déclarées, puis les organisateurs ont été débordés par le succès. Ils ont
négligé de demander les autorisations préalables indispensables et, lorsque le
dossier m'a été remis au mois de juin, l'association était pratiquement
dissoute, simplement pour avoir eu trop de succès.
De tels exemples pourraient être miltipliés.
Les populations migrantes se heurtent à des difficultés considérables
d'insertion sociale. Elles ont simultanément besoin de se regrouper pour
échapper à la solitude, au dépaysement et pour conserver leur patrimoine
linguistique, culturel, traditionnel. Il faut également avoir la possibilité de
participer sur un pied d'égalité à la vie de la collectivité française :
parents d'élèves, locataires, associations sportives, etc. Elles ont besoin de
se de se trouver constamment dans un cadre parfaitement légal dans toute la
mesure du possible, étant donné qu'elles se trouvent toujours dans une
situation un peu difficile. Tout obstacle supplémentaire rend encore plus difficile
la construction de ce cadre qui leur est nécessaire.
Il est donc indispensable de mettre fin à une discrimination d'autant plus
regrettable que nombre de ceux qui sont concernés s'est considérablement accru.
......
Lors de la discussion des articles M. Charles Lederman (avocat dans le civil) fera modifier, au nom du
parti communiste et apparenté l'article premier
avant |
après |
|
Il
est ajouté un alinéa 2 à l'article 3 de la loi du 1er juillet 1901 ainsi
rédigé |
Il
est ajouté un alinéa 2 à l'article 3 de la loi du 1er juillet 1901 ainsi
rédigé |
L'ensemble du texte sera envoyé à l'Assemblé nationale. Une commission se réunira ....
Maurice Gelbard
9, chemin du clos d'Artois
91490 Oncy
sur Ecole
ISBN 2 - 9505795 -2 - 3
Dépôt légal 2ème trimestre 1999