Compilation de faits relevés  dans le livre de Marc Ferro
"Chronologie Universelle du monde contemporain"
édité en 1993 chez Nathan

Madagascar

Afrique noire

Indochine

1801

Viêt-nam : Victoire du prince Nguyêm Anh sur les frères Tây Son qui s'étaient emparés de l'Annam, du Tonkin et de la Cochinchine. Il fut aidé par un missionnaire français, Mgr Pigneau de Behaine pour s'emparer de Hué et rétablir l'unité vietnamienne. Cette aide sera, plus tard, utilisé pour légitimer les "droits" de la France sur la Cochinchine.

1804

Tamatave devient la capitale de l'île. Le général Decaen, capitaine général des Établissements français de l'Inde, en fait la capitale de la colonie française de Madagascar, qui contrôle la côte et son négoce multiforme. Les cinq grands royaumes composant le reste de l'île se consolident en annexant les plus faibles et développant les échanges commerciaux avec l'extérieur. 

1805

Sahel: Mort de l'explorateur écossais Mungo Park qui tentait d'atteindre Tombouctou par le fleuve Niger. 

Laos : Le prince Anou Chao monte sur le trône de Vientiane et tente de s'affranchir de la tutelle siamoise en s'appuyant sur le Viet-Nam 

1806

Sahel : Début des révoltes féodales dans le royaume mossi du Yatenga (auj. Burkina-fasso). Elles interviennent après la mort du souverain Naba Kango, qui avait consolidé les forces du pays en s'opposant notamment à la poussée bambara vers l'est. Menées par les Nakomsé, ces révoltes et ces guerres civiles amorcent le déclin du royaume du Yatenga 

Cambodge : Un mandarin khmer est placé sur le trône par les siamois pour veiller à leurs intérêts. 
Viet-Nam : Nguyên Anh se proclame empereur sous le nom de Gia Long. Il forge un État absolu très centralisé. Il fait disparaître les derniers vestiges de la féodalité et réforme l'armée, l'enseignement supérieur et l'administration. 

1807

La traite des Noirs est abolie par le parlement de Londres, qui déclare illégale le trafic des esclaves. 

1808

Sahel : Ousmane dan Fodio poursuit son expansion. Après avoir réduit plusieurs villes, il se fait reconnaître chef des croyants et établit un nouvel ordre politique et religieux dans sa capitale, Sokoto. 
La capitale du Bornou tombe aux mains des peuls. Partisans de djihad, ils s'emparent de N'gazargamou ; elle leur est reprise par le cheikh Mohamed al-Kanemi, qui a prêté main-forte au souverain Ahmed du Bornou 

1809

Afrique occidentale : Les Anglais interceptent un convoi de 6000 esclaves en partance pour l'Amérique. Ils les enverront rejoindre, en Sierra Leone, les esclaves affranchis astreints à la culture du coton et du café pour une compagnie anglaise. 

1810

Début du règne de Radama 1er. Le souverain est ouvert aux influences européennes, mais il refoule une tentative de conquête britannique de son royaume, le Merina. 
Il réussira à unifier l'île pour la première foi et prendra le titre de roi de Madagascar en écrasant les royaumes sakalaves de la côte ouest et ceux de la côte est. 

1811

Sahel :Le peul Cheikhou Amadou constitue un parti musulman dans le Ségou (auj. Mali) . Il renversera le chef animiste en place, déclarera le djiad en 1816, puis s'emparera de Tombouctou avant de créer sa propre capitale, Hamdallahi en 1821. Il fondera le royaume théocratique du macina, qu'il dotera d'une organisation administrative et financière. 

1812

Cambodge : Le nouveau roi, Ang Chan II se reconnaît vassal de Gia Long, l'empereur du Viêt-nam.

1814

Sahel : L'Etat peul se dote d'un pouvoir bicéphale original. Dans le Fouta- Djalon, il est menacé par la division de l'aristocratie au pouvoir. Après que les deux principales familles régnantes, les Alfaya et les Soriya, aient tenté de gouverner alternativement chaque année, elles introduisent le principe de l'alternance bisannuelle: deux almanis sont élus, mais l'un "sommeille" pendant que l'autre règne. 

1815

Sahel :  A Ouagadougou. a la mort de Naba Sagha 1er, le royaume connaît des conflits dynastiques sanglants, la règle de succession du père au fils se substituant à la coutume de dévolution en faveur d'un frère. 

1817

Sénégal : Les français prennent possession de la seule voie fluviale utilisée par les Européens pour  progresser à l'intérieur des terres. Les anciens comptoirs sont voués au commerce, et des plantations se développent à l'intérieur des terres. 
Afrique occidentale : début du règne de Ghézo à Abomey. Il introduit des nouvelles cultures pour remplacer le commerce de la traite, qu'il sent menacé 

Laos : Le prince Antha Thurah devient souverain à Luang Prapang. De son vivant, il s'efforcera de ménager à la fois le Siam et le Viêt-nam. A sa mort, en 1836, son pays passera pour longtemps sous la suzeraineté siamoise. 

1818

Malgré le peu d'intérêt que manifeste le gouvernement français en matière d'exploration de l'Afrique, Gaspard Théodore Mollien s'aventure dans l'intérieur du Sénégal, avec un âne et un interprète peul. 

1819

Afrique occidentale : La renaissance chrétienne qui succède à l'esprit de la révolution de 1789 favorise la création de missions vouées à l'évangélisation des peuples païens, ainsi qu'à la lutte contre le trafic d'esclaves. La congrégation des Pères du Saint-Esprit, en Ouganda, s'attache à repousser l'avancée de l'islam ; elle s'installe au Gabon, au Congo français et en Côte-d'Ivoire. 

1820

Les royaumes qui composent l'ensemble Yoruba sont déstabilisés par l'expansion peile qui provoque des migrations massives et transforme les conditions économiques. Dans cette situation chaotique, chaque peuple recourt à la guerre pour occuper une position dominante dans la région. 

Viêt-nam : Mort à Hué de l'empereur Gia Long. Son successeur, Minh Mang, renforcera la puissance monarchique. 
Mort de l'écrivain Nguyên Du. Célèbre pour son Histoire de Kihêu, il avait combattu la dynastie des frères Tây Son. 

1826

Laos : Croyant son pays menacé par la guerre anglo-birmane, le roi Anou de Vientiane marche sur Korak et bangkok où il est arrêté par les siamois dirigés par un aventurier français, le général Bodin. 

1827

  Un paysan français, René Caillé , explore l'Afrique de l'Ouest. Il part seul de Guinée, pénètre dans la ville sainte de Tombouctou, puis traverse le Sahara et atteint finalement le Maroc. Ses relevés et observations bouleversent la carte de l'Afrique nigérienne. 

Au terme d'une contre-attaque, les forces du roi du Siam Rama II défont celle du roi Anou. Vientiane est pillée et ses habitants déportés ;  le royaume de Vientiane devient une province siamoise.

1828

Réfugié à la cour de Huê, le roi Anou est capturé alors qu'il tentait de passer en Chine. Enfermé à bangkok, il sera exécuté en 1835.

1833

Le Code civil français, introduit trois ans auparavant au Sénégal s'augmente d'une précision : toute personne vivant au Sénégal y jouira des droits civiques et politiques des Français. 

Viêt-nam : Soulèvement de Saigon. De nombreux chrétiens y participent. 

1834

Cambodge : L'empereur du Viêt-nam, Minh mang, impose son protectorat au Cambodge. Il entreprend une politique de vietnamisation systématique, imposant sa langue et plaçant aux côté de chaque gouverneur cambodgien un fonctionnaire vietnamien. L'armée khmère est réduite à l'état de milice.

1838

Afrique occidentale : le Français Bouet-Willaumez occupe Assinie et Bassam, sur la côte des Mâles-Gens (auj. Côte-d'Ivoire). Il signe avec les chefs locaux un pacte selon lequel ils se placent sous l'autorité de Louis- Philippe, à qui ils cèdent leurs terres. En échange, la France les soutiendra militairement dans leur conflit avec les Ebrié. Ce traité ouvre une ère nouvelle, où le protectorat signifie la perte de souveraineté. 

1841

Sahel :L'empire peul du Macina est à son apogée. Il est gouverné, dans une extrême austérité, par Cheikou Amadou , assisté du Conseil des quarante. Le pays doit à ce pieux savant l'unification des mesures, puis l'amélioration du trafic fluvial, enfin l'organisation de la fiscalité en un système moins féodal qu'auparavant, quoique toujours très contraignant. 

Viêt-nam : Le prince Thiêu Tri monte sur le trône. Il accentue, comme son prédécesseur, la centralisation ce qui provoquera des troubles lorsque les difficultés économiques s'accumuleront. 
 

1842

Gouverné par le roi Boukar D'jiama, le Mandara, qui s'étend au sud du lac Tchad jusqu'au massif du Mindif, est un Etat prospère. Il résiste farouchement, depuis le début du siècle, aux assauts répétés de l'expansion foulbé. Impressionné par cette résistance, le Bornou, situé plus à l'ouest, lui propose une alliance. Ce pacte ne durera qu'une dizaine d'années, au terme desquelles le Bornou soumettra le Mandara

1844

Afrique équatoriale : Début de la pénétration française dans la région de l'Oubangui-Chari. Celle-ci est traversée par de nombreuses ethnies qui fuient soit les trafiquants d'esclaves, soit le despotisme des chefs musulmans. Les Français y rencontrent deux types de société : celle organisée autour des clans ou des familles, donc en groupes microscopiques ; celle constituée par différents sultanats militaires dont une des activités est, entre autres, la déportation des peuples oubanguiens vers l'Orient. 

Laos : début de l'immigration chinoise. Celle-ci est surtout le fait des Hmongs (Méos) qui entreprennent, dans le nord, la culture du pavot. Leur arrivée est facilitée par le chaos qui règne alors au Laos, victime des querelles de succession, des rivalités des princes et de l'hétérogénéité de sa population et de sa culture. 
Cambodge. Les Khmères avaient pris les armes, soutenus par le Siam, après l'annexion du pays en 1841 par le Viêt-nam. Pour mettre fin au conflit, Huê et Bangkok s'accordent pour exercer une co-suzeraineté sur un territoire ruiné. 
 

1845

Cambodge : Exaspéré par la politique de vietnamisation de l'occupant, le peuple khmer attaque et massacre les Vietnamiens dans tout le pays. Vietnamiens et Siamois décident de proclamer Ang Duong roi sous leur double suzeraineté. 

1847

Tu Duc monte sur le trône vietnamien . Poursuivant la politique de Thiêu Tri (impôts trop lourds, abus des notables, persécution religieuses ), il provoqua l'intervention de la France qui désire protéger les missions catholiques tout en s'assurant des points d'appui et des débouchés en Indochine. 

1848

Abolition de l'esclavage décrété par le IIè République. Réclamée par de Broglie, Tocqueville et Montalembert, c'est le républicain Victor Schoelcher qui fait appliquer cette mesure dont la mise en ouvre avait été préparée par le gouvernement de Louis-Philippe. Dès lors, il s'agit de sceller avec certains chefs africains des traités visant à les faire renoncer à leur tour à la traite, à entreprendre la chasse aux négriers et, surtout, à introduire des commerces de substitution.

1850

Afrique occidentale : Le roi yoruba Atiba repousse un violent raid peul. Deux des trois provinces qui constituent son royaume sont en état de guerre. Soucieux de maintenir la cohésion de son pays pour résister au Peuls, il consacre l'essentiel de ses forces à empêcher que ce conflit latent n'éclate.

1851

Afrique occidentale : Au Damaragam, l'émir Taminu accède au pouvoir. Dans ce petit territoire théoriquement tributaire du Bornou et resté à l'écart de la djihad d'Ousmane dan Fodio, donc du pouvoir peul, Taminu constitue une force militaire dissuasive pour ses voisins. L'essor qu'il donne à Zinder, sa capitale, consolide son influence politique régionale. 

1852

 Afrique centrale : Signature d'un traité entre le consul anglais Beecroft et plusieurs rois du Cameroun. Il y est précisé que la traite est à jamais abolie et que sont proscrites les activités dérivées de l'esclavage ; il interdit les sacrifices rituels, assure à l'Angleterre les mêmes conditions de commerce qu'aux autres pays européens, protège les missionnaires et leurs ministres locaux. Ce pacte s'accompagne d'une promesse d'indemnité à verser aux chefs, pour compenser la perte de revenus tirés autrefois de la traite. 

1853

Sahel : Le Toucouleur El Hadj Omar Tall se lance dans une guerre sainte. Il s'attaque d'abord à ses voisins animistes. Il s'empare de la région aurifère du Bambouk, et de Nioro. Mû par l'idéologie universaliste de l'islam et par un projet de rénovation égalitaire de la société, il encourage le libéralisme de la confrérie Tidjaniya, dont il est le représentant, et se promet d'imposer une "fraternité transcendante" aux peuples du Soudan occidental. 

Viêt-nam : Intervention de l'armée française devant Tourane. Elle est destinée à protéger les missions catholiques tout en s'assurant des débouchés en Indochine 

1854

Sénégal : Faidherbe est nommé gouverneur général. Son rôle va être déterminant dans la solide implantation française au Sénégal. Au prix de campagnes militaires incessantes, il transforme les fragiles comptoirs commerciaux de Saint-Louis et de Gorée en une seule colonie unifiée et étroitement surveillée. Il crée le corps des tirailleurs sénégalais et achève de soumettre les chefs locaux. 
Afrique occidentale : Pour la première fois, la quinine est employée avec succès dans le traitement de la malaria. 

1855

Afrique occidentale : Mort d'Atikou, roi du Sotoko (actuel Cameroun). Le règne de son successeur, Ali, est marqué par des attaques incessantes contre les territoires soumis par les Peuls. 

1857

 Les persécutions religieuses dirigées contre les chrétiens atteignent un paroxysme : mises à mort et exils à l'île Maurice se multiplient. La reine Ranavalona 1ere, par son attitude antichrétienne, s'attire l'opposition des gouvernements européens et entre en conflit avec les négociants français de la Grand Ile, qu'elle expulse du territoire. 

1859

Viêt-nam : Les troupes françaises, menées par l'amiral Rigault de Genouilly s'emparent de Saigon, indispensable au ravitaillement de Huê, ce qui va permettre la conquête de la Cochinchine 

1860

Afrique occidentale : Les Missions de Lyon établissent au Bénin le  père Planque. Il y fonde un vicariat et crée un autre au Dahomey, bases de rayonnement pour la congrégation. En moins d'un demi-siècle, les Missions affirmeront leur influence religieuse sur tous les territoires situés entre le Nigéria et le Libéria. 

Cambodge : Mort du roi Ang Duong. Installé sur le trône par le Siam et le Viêt-nam, il s'est attaché à redonner un semblant d'unité à son pays dévasté. Son fils Norodom lui succède. 

1861

 Afrique occidentale : Le peul Masaba monte sur le trône du royaume de Noupé. Dans cette région dévastée depuis des décennies par de sanglantes rivalités, il établit sa capitale à Bida, un camp militaire, dont il fait non seulement une vraie cité, mais aussi un carrefour commercial et un centre artisanal. Il étend son royaume, contrôle bientôt les deux rives du Niger sur 200 km de long et, surtout, consolide l'implantation peule. 

Cambodge : Un an après son accession au trône, Norodom 1er se réfugie au Siam, chassé par une rébellion conduite par son frère Votha 

1862

 Sahel : El Hadj Omar Tall soumet le Macina. Ce stratège d'exception avait déjà soumis le royaume de Ségou et fait exécuter le dernier roi Bambara en 1860. Il détruit Hamdallahi, la capitale, étend son empire sur mille kilomètres d'est en ouest. Mais il ne réussira pas à résoudre les crises internes qui secouent cet ensemble trop rapidement et trop violemment constitué. Il trouvera la mort en tentant de maîtriser une révolte. 

Viêt-nam : L'empereur accorde aux chrétiens le libre exercice du culte. Il cède également à la France les trois provinces de My Tho, Saigon et Biên-Hoa, ainsi que l'île de Poulo Condor. 

1863

Cambodge : A la demande du roi Norodom, chassé de son pays, la France établit son protectorat. L'année suivante, le roi transfère sa capitale à Phnom Penh. 

1864

Indochine : Les explorateurs français Ernest Doudart de Lagrée et Francis Garnier commencent leur reconnaissance de la vallée du Mékong. 

1867

Cambodge : Les forces coloniales françaises venues de Cochinchine  contribuent à réprimer, à la demande du roi Norodom, une insurrection débutée en 1865. Elles obtiennent, par un accord, que le Siam renonce à ses droit sur ce pays. 

1872

Sahel : Samori Touri établit sa capitale à Bissandougou, sur le territoire de l'ancien empire du Mali. Ce dioula musulman sorti du rang conquiert les petits Etats de la région. Il se rend d'abord maître du Toron, des pays du Milo et du haut Niger, puis du Madina
 Dahomey : Les fêtes coutumières annuelles, organisées par la cour en hommage aux ancêtres, déchaînent les protestations des Européens, dans la mesure où ces cérémonies sont marquées par des sacrifices humains rituels. 

1873

Indochine : Le Français Francis Garnier s'empare de Hanoi à la tête d'une petite troupe armée. Malgré sa défaite face aux prussiens en 1871, la France s'est décidée à envoyer au Tonkin quelques aventuriers pour y protéger son commerce. 

1874

Signature du traité de Saigon entre l'empereur d'Annam, Tu Duc, et la France.  Le Viêt-nam reconnaît la souveraineté française sur les provinces de l'Ouest du Nam-Ky occupées par l'amiral La Grandière depuis 1867. 

1876

Afrique centrale : Ouverture de la Conférence de géographie à Bruxelles. Elle réunit des délégués de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie, de la Grande-Bretagne, de la France de l'Italie et de la Russie. Elle vise à "planter l'étendard de la civilisation sur le sol de l'Afrique centrale et de lutter contre la traite des esclaves. En fait, il s'agit de la première tentative d'échanges, entre les puissances coloniales, d'informations d'ordre "géographique" .
Sénégal : Le suffrage universel est accordé aux quatre communes "françaises" : Dakar, Saint-Louis, Gorée et Rufisque. Leurs députés siégeront à l'assemblée nationale. 

1878

Les ports malgaches de Tamatave et de Majunga sont bombardés par la marine française. Cette action est une réponse aux mesures prises par la reine Ranavalona II aux dépens des terres possédées par le consul français. En 1885, un traité reconnaîtra la souveraineté de la reine sur l'ensemble de l'île, tout en officialisant la présence française par la nomination d'un résident général à Tananarive. 

Afrique occidentale : La campagne de Samory Touré pour étendre son empire ( auj. Guinée) jusqu'à la mer est jalonnée de victoires. Les puissants Cissé une fois défaits, seule la ville de Kankan semble encore en mesure de s'opposer à l'expansion irrésistible de Samory Touré. 

1879

Lat Dyor Diop, roi du Cayor (Sénégal) sous protectorat français, et fermement opposé à la colonisation, signe à regret le traité de construction de la ligne de chemin de fer Dakar-Saint-Louis, dans lequel il pressent, à juste titre, la fin de son autonomie. 

1880

  Afrique de l'Ouest : Signature du traité qui établit le protectorat de la France sur le futur Congo-Brazzaville. Le roi Makoko cède à la France ses droits héréditaires de suprématie et place ses Etats sous la protection de la France. 
Sahel : Joseph Gallieni signe avec le sultan Amadou le traité de Nango. Le commandeur des croyants accorde à la France le privilège de la nation la plus favorisée contre des canons et de l'argent. Gallieni était mandaté au Soudan français (auj. Mali) par la France pour nouer des relations avec les chefs locaux, établir des comptoirs et construire une voie ferrée pour pénétrer à l'intérieur du continent. 

1881

Afrique occidentale : Le Fouta Toro passe sous le protectorat français. Le colonel Brière de l'Isle, gouverneur du Sénégal, obtient la soumission de l'almami Siré-Baba-Lih, qui règne alors sur cet Etat théocratique situé sur le littoral de l'actuel Sénégal. 

1882

Afrique centrale : Savorgnan de Brazza se fait l'initiateur, en Afrique centrale (auj. Congo), de la nouvelle politique de conquête de la France. Il fait ratifier par le Parlement le traité qu'il a signé deux ans auparavant avec Makoko, le roi des batékés, selon lequel la France s'octroie le contrôle de la rive droite du Congo. Il fonde le poste qu'on appellera désormais Brazzaville. 
Sahel : A Gumbu (auj. Mali), les esclaves, produits de la traite gérée par les marchands arabes et libérés récemment, sont massivement affectés au tissage des étoffes. Naissance d'un prolétariat artisanal. 

Indochine : Le Tonkin se soulève contre la présence française. Le commandant Rivière trouve la mort en défendant la forteresse d'Hanoi, assiégée par les troupes vietnamiennes. 

1883

Résistant au blocus de l'île et à l'occupation de Majunga par la marine de guerre française, le Premier ministre Rainilaianivony refuse de capituler. Il épousera la reine Ranavalona III 

Afrique centrale : En pays bamoun (auj. Cameroun), le sultan Njoya accède au pouvoir. Il réussit à contrer les attaques peuls et introduit une religion syncrétiste islamo-chrétienne. Il fait édifier le splendide palais royal de Foumban et invente une écriture vernaculaire, qu'il impose dans les écoles. 

Par le traité de Huê, l'empire d'Annam reconnaît le protectorat de la France. L'Annam obtient une relative autonomie, tandis que le Tonkin devient un protectorat qui équivaut à une quasi-annexion. Les ports de Qui-Nhon, Tourane et Xuang-day sont ouverts au commerce ; la France voit surtout dans l'occupation de l'Annam un accès au marché chinois. 

1884

Conflit entre la Chine et la France pour l'Annam : 11 mai et 9 juin. Signature des traités de Tianjin. Les deux parties acceptent le traité de Huê. 23 juin. Les Français sont battus à Bacle et contraints à la retraite par les troupes chinoises qui n'appliquent pas les traités de paix de Tianjin. 12 juillet. La France envoie un ultimatum à la Chine et exige le paiement d'indemnités de guerre. 5 août. La marine française bombarde Fuzhou et établit un blocus de Taiwan. 

1885

La reine Ranavalona III signe un traité d'alliance et de protectorat avec la France. Celle-ci lui reconnaît le titre de reine de Madagascar et la qualité de tutrice de l'île pour les relations extérieures. La France reçoit en échange la baie de Diego-Suarez, les îles Nossi-Bé et de Sainte-Marie. 

Afrique-Europe : la Conférence de Berlin s'achève par la fixation des règles du partage de l'Afrique noire entre les Européens : occupation effective des régions côtières et signature de traités avec les chefs locaux pour l'arrière pays. L'Acte général proclame le principe de la liberté commerciale dans le bassin du Congo et de ses affluents et celui de la liberté de navigation sur le Congo, le Niger et leurs affluents. 

Les troupes chinoises  sont vaincues par les forces françaises qui prennent Ningpo et s'emparent des îles Pescdores. Par le second traité de Tianjin, la Chine renonce à sa souveraineté sur le Viêt-nam où Paris a désormais les mains libres. De plus, les Français obtiennent le libre commerce en Chine méridionale. 

1886

Indochine : La Grande-Bretagne propose la création d'un Etat tampon entre la Siam et les possession françaises dans la région. Au moment où, par la soumission de la Birmanie, elle possède toute la partie occidentale de la péninsule indochinoise, la Grande-Bretagne entend mettre le Siam à l'abri des la convoitise de la France. Paris en acceptera le principe. 

1887

Afrique occidentale : Traité de Gouri. Le sultan toucouleur de Ségou, Amadou, accepte le protectorat français sur les territoires qu'il contrôle. En 1880, il avait accordé à la France la clause de la nation la plus favorisée sous réserve qu'aucun territoire toucouleur ne serait conquis. 

Gallieni est nommé commandant supérieur du Soudan français. Cette région administrative s'étend du Sénégal au Niger. Gallieni lance une expédition sur le Niger pour en vérifier  la navigabilité jusqu'à Tombouctou, de façon à conclure des traités de protectorat. Il se heurte à Tidiani, sultan du Macina indépendant, qui lui interdit l'accès de Tombouctou. Ce sont les vassaux peuls de Tidiani qui faciliteront son entrée dans la ville. 

Création de l'Union indochinoise qui comprend, sous l'autorité d'un gouverneur général, les protectorats du Cambodge, de l'Annam et du Tonkin, puis en 1893 le Laos. Si la royauté est conservée dans les protectorats, elle est vidée de toute substance au profit des résidents. Les rois peu complaisants seront exilés. 

1889

La France établit son protectorat sur la Côte-d'Ivoire

1890

Signature d'un accord franco-britannique. Les Anglais obtiennent le protectorat sur l'île de Zanzibar et sur le bas Niger en échange de la reconnaissance des droits de la France sur la "Grande Ile" 

Afrique occidentale. La France tente un coup de force contre le Dahomey. La marine bombarde Cotonou et massacre une partie de sa population. Le roi béhanzin doit accorder à la France un "droit d'occupation indéfinie" à Cotonou. Il conserve en revanche sa souveraineté sur la ville. 

Tenue de la conférence internationale pour la suppression de l'esclavage.

1891

Sahel : Le député français Etienne, leader du parti colonial, lance trois missions d'occupation du Tchad pour devancer les Anglais. L'une part du Congo, l'autre remonte la Benoué pour atteindre le Bornou, la troisième, qui seule réussira, part de Saint-Louis et traverse le Soudan français. 

1892

Afrique occidentale : Après avoir pris la capitale du roi Behazin, Abomey, les Français établissent leur protectorat sur le Dahomey 

1893

Afrique occidentale : Les Français s'emparent de Tombouctou, la capitale Touareg, aux mains des peuples du Macina. 

1894

Les troupes françaises s'emparent de Tamatave. Depuis plusieurs années, le Premier ministre Rainilairanivony remettait en question la coopération franco-malgache en tentant, en vain, d'obtenir l'appui de la Grande- Bretagne. En octobre, les ressortissants français quittaient la capitale, Tananarive, après que la France eut annoncé exercer sur l'île son protectorat. 

Afrique centrale : Le royaume d'Abomey passe sous protectorat français. Après deux ans de lutte, le roi Behanzin se soumet. 

Viêt-nam : Fin du mandat de Lanessan, gouverneur général de l'Union indochinoise. Depuis la création de cette dernière, les gouverneurs généraux et en particulier Lanessan, se sont montrés respectueux des particularismes locaux. 

1895

Les troupes malgaches sont battues et la reine Ranavalona capitule. Elle signe le lendemain le traité qui lui est soumis par les vainqueurs : un résident général français est chargé des rapports avec les agents des puissances étrangères. 

1896

L'île devient colonie française. Cependant, le protectorat et la royauté subsistent un temps dans le centre de l'île. L'insurrection des Hovas donne lieu à une répression sauvage. Le général Gallieni, résident général, fera exiler la reine et fusiller son ministre de l'intérieur. 

Départ de Loango de la mission Marchand. Elle a pour but de joindre les deux océans. 

1898

Afrique occidentale : Samory Touré est capturé par les Français à Guélémou. Cette défaite met fin à treize ans de luttes ininterrompues contre la progression des Français dans cette région. 

Règlement de l'affaire de Fachoda sur une défaite de la diplomatie de la France : Le 10 juillet, la mission Marchand arrive à Fachoda, sur le Nil Blanc. L'expédition française illustre les méthodes de colonisation qui prévalent au Soudan central : cette unité d'une centaine d'hommes vivant sur le pays est destinée non pas à réaliser l'occupation effective, mais à installer un réseau de petites garnisons capables de garantir les territoires de la convoitise des Britanniques. Le 15 septembre, Lord Kitchener arrive, lui aussi devant Fachoda. Le 7 novembre, Marchand évacue. 

1899

Afrique centrale : Un combat oppose, à Kouno, les troupes de Rabah aux Français du général Robillot. Rabah doit évacuer la ville. 

Sahel : Mort en captivité de l'almani Samory Touré. Il avait déplacé son empire des contreforts du Fouta Djalon jusqu'à la Volta noire, y avait instauré un Etat théocratique puissant, mais sa défaite devant la ville de Sikasso (auj. Mali), le refus d'alliance de son voisin Ahmadou et les révoltes de certains de ses vassaux mirent un terme à quarante ans de pouvoir. 

1900

Sahel : Rabah est écrasé à Kousseri (actuel Tchad). Ce proche du gouverneur égyptien du Bahr el-Ghazal s'est taillé un état esclavagiste et militaire très organisé. Après avoir pris les très anciens royaumes du Baguimi, du Kanem et du Bornou, il affronte les missions françaises de Foureau, Lamy et Gentil, lancées dans la course à l'occupation. En dépit de sa légendaire résistance, Rabah est tué , le partage territorial achevé. 

1901

Côte d'Ivoire : Grand-Bassam étant décimé par la fièvre jaune, la capitale est transférée à Abidjan, point de départ du futur transivoirien. La présence d'une lagune permettra la création d'un grand port. 
Abomey : Par un arrêté des autorités françaises, le royaume est aboli et son souverain, Agoli Agbo, qui avait pourtant été fort docile et avait accepté le pouvoir colonial, est déporté.
Tchad : Après la mort de Rabah, son fils Fadel Allah poursuit la lutte contre la colonisation française. Mais, défait, il est arrêté, puis exécuté. 

1902

Le Siam renonce à la rive gauche du Mékong et reconnaît le protectorat français sur le Laos

1903

Gabon : Découverte du précieux bois d'okoumé. Les exportations passeront de 5 000 à 380 000 tonnes en trente ans. 

Afrique occidentale : Le roi Aguibou est déposé par l'administration française et son royaume, le Macina (actuel Mali), disparaît. Archinard, successeur de Gallieni dans la région, intègre ce territoire à celui du Soudan français. 

1904

Sénégal : Amadou Bamba, le très populaire fondateur de la confrérie mouride est arrêté. Les autorités françaises craignent sont influence croissante, d'autant qu'il ne veut pas coopérer avec elles. 
L'AOF adopte sa structure définitive. Elle regroupe les colonies du Sénégal, de la Guinée, de la Côte-d'Ivoire, du Dahomey, du Haut-Sénégal-Niger et de la Mauritanie

Afrique équatoriale : Par un arrêté administratif, la France interdit le portage forcé (utilisation des Africains comme hommes de bât) dans le Haut-Oubangui (auj. République Centrafricaine) 

Congo : Par décret, la France met fin au protectorat foncier dans les Etats indigènes conquis ou ayant signé un traité de protectorat. En conséquence, la souveraineté théorique des chefs locaux est annihilée au profit de l'Etat français. 

Laos : A la mort de Zakarine, son fils, Sisavang Vong, monte sur le trône du Laos. Le roi de Luang Prabang, seule monarchie qui ait survécue à la tutelle siamoise, réussira à prendre un certain ascendant sur le pays divisé. 

Cambodge : Le roi Sisovath succède à son frère Norodom. La politique de développement économique poursuivie par le nouveau roi s'accompagne de l'immigration de Chinois et surtout de Vietnamiens, qui forment rapidement une importante communauté. Sous le règne de Sisovath, le Cambodge obtiendra du Siam la restitution de la province de Battambang. 

1905

Paris : Publication au Journal officiel d'un décret rendant toute activité de traite dans les colonies françaises passible d'amende et d'emprisonnement. 

Afrique occidentale : Le roi du Labé et chef de l'ancienne province du Fouta Djalon, Alfa Yaya, est éliminé par les Français à Conakry (auj. Guinée). Il avait collaboré et favorisé la conquête française du pays coniagui. Mais ensuite, ayant refusé le démembrement, il était rentré en résistance. 

 1906

AEF-AOF : Par  décret, la juridiction coloniale distingue d'une part les citoyens français (métropolitains, Réunionnais et Sénégalais des quatre communes) qui jouissent de droits politiques et qui sont soumis au Code civil et aux lois françaises, d'autre part les sujets français (tous les indigènes non-citoyens), soumis à la justice indigène rendue par les administrateurs chargés d'appliquer les prescriptions du code de l'indigénat.

Au royaume du Mossi (actuel Mali), le roi Mouméni se voit retirer la responsabilité du recrutement des soldats, de la levée de l'impôt, de l'exercice de la justice, avant d'être déposé par les Français. 

Indochine : Au Tonkin et en Annam, le pouvoir colonial recrute des mandarins pour remplacer au sein de l'administration locale les lettrés jugés hostiles à la présence française. 


Maurice Gelbard
9, chemin du clos d'Artois
91490 Oncy sur Ecole
ISBN 2 - 9505795 -2 - 3
Dépôt légal 2ème trimestre 1999