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Conformément au calendrier
fixé parallèlement à la Déclaration de principe
sur l'autonomie
palestinienne signée à Washington le 13 septembre 1993, le
second cycle des négociations de paix a commencé le 5 mai 1996
dans la station balnéaire égyptienne de Taba. Mais il s'est
aussitôt interrompu, après cette cérémonie, pour
attendre l'élection par les Israéliens de leur nouveau Premier
ministre ainsi que de leur nouvelle Knesset. L'issue de ces
négociations entre Israël
et l'Autorité
palestinienne, qui doivent théoriquement se conclure d'ici
à la fin mai 1999, dépend évidemment pour beaucoup de
l'orientation qu'adopteront, au fil des tractations, Benyamin Netanyahou
et le gouvernement de coalition qu'il dirige.
L'ordre du jour prévu par
les négociateurs d'Oslo prévoit notamment cinq grands dossiers,
pour le détail desquels le lecteur se reportera aux " mots "
correspondants :
* Le premier concerne le statut final des territoires autonomes. Pour
l'Autorité palestinienne, il n'existe qu'une solution : la
constitution d'un État palestinien indépendant jouissant d'une
totale souveraineté sur l'ensemble des territoires de Cisjordanie
et de la bande de Gaza
occupés par Israël à l'occasion de la guerre
des Six Jours, en juin 1967. S'il faut en croire son programme, le
gouvernement de Benyamin Netanyahou " s'opposera à
l'établissement d'un État palestinien ou de toute autre
souveraineté étrangères à l'est du Jourdain
". Il se contentera donc de proposer " aux Palestiniens un
arrangement aux termes duquel ils pourront conduire leur vie librement dans
le cadre de l'autonomie ". Pour leur part, les travaillistes
israéliens avaient décidé, suite à la
révision de la Charte palestinienne en avril 1996, de modifier leur
propre programme pour y inclure l'éventualité d'un État palestinien.
* Le second, évidemment lié, touche au sort de Jérusalem.
Pour Yasser Arafat
comme pour tous les dirigeants palestiniens, l'État palestinien doit
avoir Al Qods (Jérusalem-Est) pour capitale. Du côté israélien,
à l'exception des partis dits arabes, le consensus
général refuse toute " division " de
Jérusalem. Le programme du gouvernement Netanyahou stipule que "
Jérusalem, la capitale d'Israël, une et indivisible, restera pour
toujours sous la souveraineté d'Israël " et
précise même que " le gouvernement empêchera toute
action opposée à [cette] souveraineté exclusive
". Sur le terrain, cette réunification s'est traduite par une
colonisation telle que les Juifs sont désormais majoritaires, non
seulement dans l'ensemble de la ville, mais également dans sa partie
orientale. Le candidat du Likoud a d'ailleurs fait de cette question
un des points forts de sa campagne, reprochant à Shimon
Peres d'être prêt à " brader "
Jérusalem et l'obligeant ainsi à surenchérir. De fait,
selon les indiscrétions sur les échanges de vues secrets de
l'hiver 1995-1996 entre les proches de l'ex-Premier ministre et de Yasser
Arafat, la partie israélienne n'aurait envisagé qu'une
ouverture : la mise en place d'une municipalité commune,
judéo-arabe, pour la gestion des problèmes de la ville.
* Le troisième dossier est celui de la colonisation
israélienne. Officiellement, l'Autorité palestinienne exige
leur démantèlement et le départ de tous leurs habitants.
Mais elle n'en avait pas moins engagé des contacts avec les
représentants des colons pour tenter de définir les conditions
auxquelles certains pourraient continuer à vivre dans un État
palestinien indépendant. Conformément au slogan du " Grand
Israël " longtemps mis en avant - mais oublié cette fois -
par le Likoud, le programme du gouvernement Netanyahou prévoit "
le renforcement, l'élargissement et le développement " de
la colonisation juive " sur les hauteurs du Golan, la vallée
du Jourdain, la Judée, la Samarie et Gaza " ; il "
allouera, dans ces régions, les ressources nécessaires à
cette entreprise ". Pour les travaillistes, il n'a jamais
été question de mettre fin aux colonies : le compromis
envisagé par leurs négociateurs " secrets " portait
plutôt sur des modifications de frontières permettant de
regrouper en Israël un grand nombre d'implantations fortement
peuplées et proches, soit de la " ligne verte ", soit de
Jérusalem - un plan à l'étude prévoyait d'annexer
11 % de la Cisjordanie où sont concentrées 70 % des colonies.
* Inséparable des précédents, le quatrième
dossier est celui des frontières de l'entité palestinienne.
Leur tracé dépend à la fois du statut de celle-ci, mais
aussi, qu'il s'agisse d'un État indépendant ou d'une autonomie
prolongée, du maintien ou non des zones de souveraineté
différenciée mises en place par les accords
d'Oslo II, du sort des colonies et, bien sûr, de l'avenir de
Jérusalem. Les impératifs de sécurité influent également
sur la délimitation des frontières, Israël exigeant par
exemple de conserver le contrôle de la vallée du Jourdain, qui
sépare l'État juif de la Jordanie.
* Cinquième et dernier dossier, celui des réfugiés
palestiniens (voir Expulsion
et Palestiniens).
Les négociations, en cours à leur sujet depuis 1992 - dans le
cadre des négociations multilatérales engagées suite
à la Conférence de Madrid - n'ont guère avancé.
Pour l'essentiel, le débat porte encore sur le principe même
adopté par les Nations
unies en 1948 : le droit au retour ou à l'indemnisation. Ni Shimon Peres, ni son successeur n'ont fait montre, sur
ce point, de la moindre flexibilité. Si les négociateurs
israéliens acceptent de discuter de l'éventuel retour des
" déplacés " de 1967, ils l'excluent pour les
réfugiés de la première guerre israélo-arabe et
leurs descendants. Pour sa part, le gouvernement de Benyamin Netanyahou "
s'opposera au "droit au retour" de populations arabes sur
n'importe quelle partie d'Eretz Israël à l'ouest du Jourdain
". L'insistance de la partie palestinienne est d'autant plus forte
sur cette question qu'elle conditionne l'unité des Palestiniens de
l'Intérieur et de l'Extérieur : l'absence de toute
avancée matérialiserait l'exclusion du processus de paix de
l'ensemble de la diaspora palestinienne.
Parallèlement aux
bilatérales, les négociations multilatérales devraient
également se poursuivre. Décidées par la
Conférence de Madrid le 1er novembre 1991, elles se sont ouvertes
solennellement les 28 et 29 janvier 1992 à Moscou, en présence
de trente-six pays, dont toutes les parties au conflit - sauf la Syrie
et le Liban,
qui les jugeaient (et les jugent toujours) prématurées, ainsi
que l'Irak,
l'Iran
et la Libye,
exclus par les organisateurs américains et russes. Cinq groupes de
travail se sont mis en place : ressources en eau, environnement,
réfugiés, contrôle des armements et développement
économique régional. À raison d'une à deux
réunions par an et quasiment sans couverture médiatique, chacun
d'eux a poursuivi depuis son activité de manière autonome,
l'ensemble étant coordonné par un " steering group
" qui a vu son rôle grandir au fur et à mesure du
processus. Reposant sur l'existence d'un consensus, à
l'exclusion de tout vote majoritaire, les résultats varient
évidemment d'un groupe à l'autre, en fonction des enjeux et
donc des obstacles :
* Le groupe s'occupant d'environnement a mis au point un " Code de
conduite environnemental pour le Moyen-Orient ", dit " de
Bahreïn " où la résolution a été
adoptée le 25 octobre 1994. Elle se double d'une série de
dispositions concrètes en matière de protection contre la
pollution maritime, de traitement des déchets, de combat contre la
désertification...
* En revanche, le groupe consacré aux réfugiés,
notamment aux personnes déplacées en 1967, n'a pas
avancé d'un pouce, les Palestiniens ne parvenant qu'à grand
peine à imposer comme base de négociation les principes établis
depuis 1948 par les Nations unies.
* Sans trancher les épineux problèmes de souveraineté,
le groupe traitant des ressources en eau est tombé d'accord sur une
série de projets concrets (amélioration des systèmes
municipaux, recherches sur l'irrigation, traitement des eaux usées,
conservation, grands travaux, conscientisation de l'opinion publique,
création d'un centre d'études sur la désalinisation,
plan de formation des personnels, etc.).
* Le groupe chargé du contrôle des armements s'est divisé
fin 1993 en deux " corbeilles ", l'une "
conceptuelle " et l'autre " opérationnelle ".
La première a décidé la création, à Amman,
d'un Centre de sécurité régionale, mais n'est pas
parvenue à rédiger une " Déclaration de principes
" consensuelle. La seconde a enregistré quelques avancées
sur les questions maritimes, de communications et d'échanges
d'informations militaires.
* Quant au groupe sur le développement économique
régional, après avoir servi de cadre à la mobilisation
de moyens financiers pour les Territoires occupés, il adopta fin 1993
un plan d'action, dit de Copenhague, prévoyant une série de
sessions spécifiques en matière de communications et de
transport, d'énergie, de tourisme, d'agriculture, de marchés
financiers et d'investissements, de commerce, de formation, de réseaux
et de bibliographie. Dans chacun de ces domaines, un pays a été
chargé de " guider " la réflexion -
contrairement aux autres groupes de travail, d'où elle se trouve
quasiment exclue, l'Union
européenne et ses pays membres jouent ici un rôle majeur.
L'ensemble est coordonné par un comité, lui-même
subdivisé en quatre sous-comités (finances, infrastructures,
commerce, tourisme) placés respectivement sous la
responsabilité de l'Égypte,
de la Jordanie,
d'Israël et des Palestiniens. Cette débauche d'institutions a
jusqu'ici moins débouché sur une coopération
économique concrète que sur un " climat " propice
à la mondialisation de la région, dont le signal a
été donné par les conférences économiques
de Casablanca (octobre 1994) et d'Amman (octobre 1995) - voir Conférences
de paix.
Que restera-t-il de ce maigre
bilan si les relations entre Israël et ses voisins, en premier lieu
palestiniens et syriens, subissent le contrecoup de l'élection de
Benyamin Netanyahou et de ses amis ? Ce qui est sûr, c'est que les
transactions multilatérales restent inséparables des
négociations bilatérales. Un gel des secondes se
répercuterait immanquablement sur les premières.
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