UNION EUROPÉENNE
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Engagé à la suite
de la Voilà la ligne sur laquelle la Communauté, tout au long des années 80, va s'efforcer - en vain - de contribuer à un règlement global des conflits de la région. Les déclarations ultérieures des conseils européens y feront constamment référence et, sur tel ou tel événement, s'en inspirent. Ainsi, quelques mois plus tard, lors de la pré-intifada, le sommet de Bruxelles (29-30 mars 1982) " dénonce les mesures imposées à la population palestinienne, telles que la destitution par les autorités israéliennes de maires démocratiquement élus, ainsi que les atteintes aux libertés et aux droits des habitants de ces territoires, qui s'ajoutent aux mesures prises par Israël à l'égard du Golan et qui ne peuvent que nuire aux perspectives de paix ". Trois mois plus tard, le 9 juin 1982, les Dix " condamnent vigoureusement la nouvelle invasion israélienne du Liban " qu'ils considèrent comme " injustifiable ". Réaffirmant " leur attachement à l'indépendance, à la souveraineté, à l'intégrité territoriale et à l'unité nationale du Liban ", ils demandent " à Israël de retirer immédiatement et inconditionnellement toutes ses forces militaires ". Et d'insister sur le fait que le règlement de la question libanaise " ne peut pas être dissocié de l'établissement dans la région d'une paix globale, juste et durable ". Il en ira de même lors de l'intifada : à peine le soulèvement palestinien déclenché, les ministres des Affaires étrangères des Douze soulignent, le 9 février 1988, que " le statu quo dans les territoires occupés n'est pas tenable ". Déplorant " la politique d'implantation menée par Israël dans les territoires ", ils " l'exhortent à respecter pleinement les résolutions (...) du Conseil de sécurité des Nations unies ainsi que la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre ". Ils expriment " une fois de plus leur conviction que la seule solution passe par un règlement politique global " fondé sur " la Déclaration de Venise de juin 1980 " et s'affirment " fermement en faveur de la tenue d'une conférence internationale de paix sous les auspices des Nations unies ". Celle-ci, on le sait, n'aura pas lieu, l'intransigeance d'Itzhak Shamir ne laissant aucune chance à la négociation... Avec la guerre du Golfe, une page se tourne : au terme d'une décennie de présence politico-diplomatique unie, active et autonome par rapport aux États-Unis, l'Europe se fond dans la coalition bâtie par l'Amérique face à l'Irak. Dès l'invasion du Koweït, elle cautionne le cours guerrier pris par Washington et imposé aux Nations unies. Tout au long de l'escalade, les déclarations des Douze alternent proclamations de solidarité avec les " coalisés " et timide recherche d'une issue négociée. Mais, le 24 février 1991, dans une brève déclaration prenant acte de la guerre en cours depuis sept jours, ils " regrettent profondément que l'Irak n'ait pas répondu positivement à l'appel de la coalition internationale de retrait inconditionnel et immédiat du Koweït " et ajoutent : " En cette heure grave, la Communauté et ses États membres sont aux côtés des forces de la coalition alliée. " De cet alignement, l'Union européenne subira tous les inconvénients sans bénéficier d'aucun avantage. Dans l'après-guerre du Golfe, elle se verra écartée pour l'essentiel du partage du gâteau comme du processus de paix, Washington s'arrogeant, dans l'un et l'autre, la meilleure part. Sans parler du capital de sympathie patiemment accumulé dans le monde arabe et dilapidé en quelques mois... C'est sur le plan économique que la Communauté tentera de regagner le terrain perdu au niveau politique. Dès les années 70, elle avait conclu des accords bilatéraux de coopération avec - dans l'ordre chronologique - Israël (1975), l'Algérie, la Tunisie, le Maroc (1976), la Syrie, la Jordanie, l'Égypte et le Liban (1977). Avec les conseils européens de Corfou (juin 1994), Essen (décembre 1994) et Cannes (juin 1995), l'Union européenne se fixe un objectif plus ambitieux : un partenariat euro-méditerranéen destiné à faire de la région " une zone d'échanges et de dialogue garantissant la paix, la stabilité et le bien-être ". Considérant qu'" une politique de coopération ambitieuse au Sud constitue le complément indispensable de la politique d'ouverture à l'Est et donne sa cohérence géopolitique à l'action extérieure de l'Union ", les Quinze définissent leur offre de " partenariat " comme combinant " un dialogue politique, un développement économique et social durable et équilibré, la lutte contre la pauvreté et la nécessité d'une meilleure compréhension entre les cultures à travers un renforcement de la dimension humaine des échanges ". Telles se veulent les bases de la " création d'un espace euro-méditerranéen à l'horizon 2010 " entre l'Union et ses douze partenaires du Sud - la Libye en est exclue pour cause de " terrorisme " et la Mauritanie se contente d'un statut d'observateur. Le calendrier prévoit des accords d'association rapides avec six pays : d'abord la Tunisie, le Maroc et Israël, qui les ont signés dès la fin 1995, puis l'Égypte, la Jordanie et le Liban, qui en négociaient encore les termes en 1996. L'Algérie et la Syrie devraient suivre. L'Autorité palestinienne souhaiterait instaurer des rapports du même type : en attendant, la Communauté, qui contribue depuis 1971 au budget de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), a promis à la Cisjordanie et à Gaza pour la période 1994-1998 plus de 600 millions de dollars - ce qui la place en tête de tous les donateurs, dont les promesses se chiffrent au total à 2 milliards. Quant à Malte et Chypre, liés à l'Europe par un accord d'association (depuis 1971 et 1973 respectivement), elles ont posé leur candidature à l'adhésion. Enfin la Turquie est entrée en 1996 en Union douanière avec l'Union européenne. Le 27 novembre 1995, jour du 900e anniversaire du lancement de la première croisade par le pape Urbain II - comme le commissaire espagnol Manuel Marin croit judicieux de le relever -, la première conférence euro-méditerranéenne s'ouvre à Barcelone. Les vingt-sept États participants entérinent formellement la nouvelle stratégie de l'Union en direction du Sud. Mais, derrière le " grand dessein " proclamé par les Quinze se dessine un calcul qui n'est rien moins qu'humaniste. Marginalisée dans la région, l'Europe entreprend d'y reprendre pied à l'aide de sa formule favorite : une zone de libre-échange. " Il s'agit, analysait Gérard Kébabdjian dans Le Monde diplomatique, d'une révision profonde de la politique de coopération européenne, dans la mesure où elle tend à soumettre plus étroitement les échanges commerciaux aux impératifs d'une logique de marché entièrement conforme aux tendances de l'économie mondiale. Les produits agricoles ayant été exclus de la négociation, aucun gain de parts de marché n'est donc à espérer pour les pays tiers méditerranéens, alors que, concernant les produits manufacturés, la création d'une zone de libre-échange est appelée à mettre fin au système préférentiel dont ils bénéficiaient. Des marchés vont donc s'ouvrir aux exportations européennes sans contreparties. " Rien là qui soit de nature à réduire le déséquilibre Nord-Sud en Méditerranée. Les pays non européens du bassin méditerranéen ont une production inférieure à 5 % de celle des pays de l'Union européenne. Ce qu'ils lui vendent représente moins de 7 % de ses importations ; ce qu'ils lui achètent à peine plus de 8 % de ses exportations (chiffres de 1994). Or la Communauté, si elle respecte le règlement adopté le 15 juillet 1996 pour le programme MEDA, n'interviendra de 1996 à l'an 2000 qu'à hauteur de 4,7 milliards d'ECU - soit moins de 30 milliards de francs - dans le partenariat euro-méditerranéen. Seuls la Turquie et Israël peuvent espérer profiter réellement du nouvel " espace " : ces deux pays pèsent aussi lourd en Produit national brut que tous les autres pays méditerranéens réunis, totalisent près de 40 % des exportations de l'Union vers la région et presque le tiers des importations en provenant. Reste à savoir si le " partenariat " né à Barcelone suffira pour que l'Europe soit en mesure de relever le défi de l'Amérique en Méditerranée. " L'Union européenne, assurait Hervé de Charette, le ministre français des Affaires étrangères, s'affirme comme un partenaire essentiel de la région, et non plus seulement comme un simple bailleur de fonds. " À en juger par les conférences économiques d'Amman et de Barcelone - voir Conférences de paix -, on peut en douter. |
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Alain Gresh - Dominique Vidal
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