GUERRE DE 1956
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Second conflit
israélo-arabe, l'opération de Suez est marquée par la
participation de la L'URSS et les démocraties populaires, notamment la Tchécoslovaquie, avaient largement contribué à la naissance de l'État juif et à sa victoire lors du premier conflit qui l'avait opposé à ses voisins. Un temps, Israël maintiendra avec elles de bonnes relations, dans le cadre d'une politique de non-alignement, relations qui cependant se dégraderont du fait des deux parties (voir Russie). Ainsi cet équilibre entre Est et Ouest dans la politique israélienne sera rapidement rompu au profit d'un rapprochement de plus en plus net avec les Occidentaux. Du soutien aux États-Unis dans l'affaire coréenne (1950) à la mise à disposition de leur armée des ports et aéroports (1951), puis des bases militaires (1955) d'Israël, l'escalade est telle que l'État juif apparaît, aux yeux des Arabes, comme un jouet des Occidentaux, et ceux-ci comme une " couverture " de l'intransigeance israélienne. Car, en violation des décisions de l'ONU, Israël a empêché tout retour des réfugiés, annexé la partie occidentale de Jérusalem pour en faire sa capitale, et multiplié les représailles après les incidents de frontière, comme à Kibya, en Jordanie, en 1953, et à Gaza en 1955. Par un mouvement inverse, essentiellement dû au sentiment antibritannique renforcé par la " collusion " entre Israël et l'Occident, des dirigeants arabes se sont rapprochés des pays communistes. Gamal Abdel Nasser, l'un des pères de ce que l'on nommera le Mouvement des non-alignés, né justement en 1955 à Bandoeng, impulse une " politique neutraliste ", qui inquiète aussi bien Washington que Londres et Jérusalem. Paris a, en outre, un compte particulier à régler avec le Raïs, accusé de soutenir activement la " rébellion " algérienne, dont les dirigeants sont les hôtes du Caire. Cette volonté de revanche s'ajoute à l'inclination " naturelle " de la SFIO, au pouvoir, pour Israël, si bien que le gouvernement français, comme celui de Sa Majesté, rêve de rééditer contre Nasser l'opération réussie en 1953 en Iran par les Américains contre le Dr Mossadegh. Une série d'actes feront ainsi monter la tension de plus en plus haut. Février 1955 : les troupes israéliennes attaquent Gaza en " riposte " à des attentats. Septembre : les Occidentaux les lui refusant, l'Égypte annonce qu'elle se fournira en armes en Tchécoslovaquie. Octobre : la Syrie puis l'Arabie Saoudite signent un pacte militaire avec Le Caire, les forces des trois nations étant unifiées sous le commandement du chef de l'armée égyptienne, Abdel Hakim Amer. Avril 1956 : le Yémen se joint au dispositif. Juillet 1956 : Nasser annonce la nationalisation du canal de Suez - c'est la première fois qu'un pays du tiers monde récupère avec succès une de ses richesses naturelles - tandis que Paris et Londres mettent sur pied un état-major commun d'intervention. Octobre, enfin, est le mois décisif : le 23, Britanniques et Français préparent secrètement, à Sèvres, l'intervention contre l'Égypte, après avoir ravitaillé Israël en armes perfectionnées ; le 24, la nouvelle assemblée jordanienne se joint au pacte égypto-syro-saoudo-yéménite ; le 29, c'est la guerre. L'opération est baptisée " Kadech ", un nom qui rappelle les " aventures " de Moïse et des Juifs dans le Sinaï... En six jours - déjà ! -, l'armée israélienne occupe le Sinaï, après avoir capturé 5 000 soldats et 100 chars T34 égyptiens. Le 31, Londres et Paris bombardent des objectifs égyptiens, Le Caire ayant repoussé leur ultimatum exigeant un retrait de la zone du canal. Cinq jours plus tard, malgré un cessez-le-feu décrété par l'ONU le 1er novembre, les soldats français et britanniques débarquent à Port-Saïd et Ismaïlia. Ils n'en partiront que le 22 décembre, sous la pression conjointe des États-Unis et de l'Union soviétique, qui contraindra également Israël à quitter le Sinaï et Gaza... le 14 mars 1957. L'opération s'avère donc un fiasco. Israël, certes, a obtenu, à défaut de nouvelles conquêtes, la présence d'observateurs des Nations unies à Gaza et à Charm al Cheik - donc la liberté de navigation dans le golfe d'Akaba et vers le port d'Eilat. Mais, pour la Grande-Bretagne et la France, c'est bien pire : le canal est bloqué, le ravitaillement pétrolier gêné, et surtout les positions des deux pays dans la région irrémédiablement compromises. À l'exception du Liban, tous les chefs d'État arabes rompent avec Paris ; et l'insurrection algérienne est enhardie par l'échec du débarquement de Suez, censé la couper de ses " bases " indispensables. Quant à la Grande-Bretagne, ses traités avec l'Égypte et la Jordanie sont abrogés. L'heure des États-Unis - qui ont eu l'intelligence de s'opposer à l'aventure franco-britannique tout en ayant condamné la nationalisation du canal de Suez - est arrivée... Ainsi, le second conflit israélo-arabe aura-t-il fait, comme le premier d'ailleurs, boomerang. En 1948, en poussant les armées arabes à la guerre Londres espérait à la fois mettre en échec les dirigeants du jeune État juif et, du coup, regagner ses positions perdues en Palestine et dans la région : c'est le contraire qui survint. De même en 1956 : l'intervention, conçue pour juguler la poussée nationaliste et rétablir l'ordre franco-britannique, sonnait le glas des vieilles puissances coloniales et accélérait la relève américaine, sans pour autant casser la dynamique nassérienne. La Syrie renforce son alliance avec Moscou, bientôt suivie par l'Irak où une révolution, le 14 juillet 1958, coupe le cordon ombilical avec Londres. Liban et Jordanie n'échappent à cette évolution que grâce à un débarquement de marines américains (à Beyrouth) et anglais (à Amman)... |
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