HUSSEIN IBN TALAL
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Troisième roi de La dynastie a pourtant traversé bien des crises, dont la première éclate au milieu des années 50. Alors en pleine expansion, le nassérisme exerce une influence profonde sur la population d'origine palestinienne. Le roi, attaché à l'alliance occidentale, penche pour l'adhésion au pacte de Bagdad. Mais l'opposition de son peuple est trop forte ; il renonce à ce projet et doit même démettre Glubb Pacha, le commandant anglais de son armée, en mars 1956. En octobre de la même année, un raid particulièrement meurtrier de l'armée israélienne contre le petit village de Qalqiya (48 morts) radicalise encore le climat. Le 21 octobre, les partis nationalistes remportent les élections et Soliman Naboulsi est nommé Premier ministre. Après la guerre de 1956, le roi dénonce même le traité d'alliance avec Londres. Mais Hussein, sentant son pouvoir menacé, décide de réagir en s'appuyant sur l'armée, composée de bédouins fidèles aux hachémites. En avril 1957, il démet le gouvernement, dissout la Chambre et interdit les partis politiques. Son autorité restaurée, le roi est toutefois contraint, en juillet 1958 - à la chute de la monarchie hachémite d'Irak -, de faire appel aux parachutistes britanniques. En 1964, après un rapprochement avec Nasser et devant la décision israélienne de détourner les eaux du Jourdain, le roi Hussein parraine la création de l'OLP à Jérusalem. Pourtant, son dirigeant, Ahmed Choukeyri - soutenu par le Raïs - s'oppose au souverain hachémite : au centre de la crise, le problème du contrôle des Palestiniens de Cisjordanie. Après la guerre de 1967, le conflit resurgit, mais cette fois avec les organisations de fedayin que le roi élimine avec une grande brutalité en 1970-1971, lors des événements de Septembre noir. Hussein tente de reprendre l'initiative sur la question palestinienne pour renforcer la loyauté des Palestiniens à son trône. Il espère ainsi, par un accord avec Israël, récupérer la Cisjordanie. Le 15 mars 1972, il expose son projet de Royaume arabe uni, c'est-à-dire la transformation du royaume en un État fédéral, composé de deux régions : la Cisjordanie qui prendrait le nom de Palestine, la rive Est qui conserverait celui de Jordanie. Mais ses propositions auront peu de succès et susciteront le refus des pays arabes et de l'OLP ainsi que celui d'Israël. L'offensive d'octobre 1973 de l'Égypte et de la Syrie, à laquelle la Jordanie ne se joint pas, représente le prélude à la percée diplomatique de l'OLP. Un an plus tard, en octobre 1974, au sommet arabe de Rabat le roi se rallie au consensus qui fait de l'OLP le seul représentant des Palestiniens, le seul habilité à négocier l'avenir de la Cisjordanie et de Gaza. Le roi reste fidèle à cet engagement, et il condamne le processus de Camp David ouvert par Sadate en 1977-1978. L'invasion israélienne du Liban et le départ de l'OLP de Beyrouth à l'été 1982 créent des conditions propices à un nouveau rôle du roi Hussein. Le seizième Conseil national palestinien d'Alger entérine, en février 1983, l'idée d'une fédération jordano-palestinienne. Mais, sous la pression de l'intifada palestinienne, Hussein renonce, le 31 juillet 1988, à toute revendication sur la Cisjordanie. Durant la crise puis la guerre du Golfe, il refuse de se ranger sous la bannière américaine, s'attirant de nombreuses critiques occidentales et des mesures de rétorsion des émirs du Golfe. Pourtant, dès la fin des hostilités, il saura faire valoir, notamment à Washington, son rôle dans toute conférence de paix. Après les accords d'Oslo, il décide un changement radical de la politique qu'il a suivie jusqu'alors. Il entreprend de faire de l'alliance avec Washington, une assurance pour la survie de sa monarchie. Au risque de miner sa popularité, il signe, le 26 octobre 1994, un traité de paix avec Israël, accélère la normalisation avec l'État juif et se réjouit presque de la victoire de Benyamin Netanyahou aux élections israéliennes - car la droite refuse un État palestinien. D'autre part, il rompt avec l'Irak, notamment après la défection des deux gendres de Saddam Hussein le 8 août 1995 qui, depuis Amman, appellent au renversement du régime. Enfin, il autorise le stationnement en Jordanie de plusieurs dizaines d'avions de combat américains destinés à surveiller l'Irak. Ce virage, très mal perçu par l'opposition mais aussi par une partie importante de la population, représente le pari le plus risqué qu'ait pris le souverain hachémite au cours de son long règne. Constant, déterminé et courageux, le roi, qui souffre d'un cancer de l'urètre, a su sauvegarder le trône hachémite dans des circonstances plus que troublées. La grande incertitude pour lui, comme pour l'avenir de la royauté, reste la question palestinienne et la capacité de son successeur à maintenir l'unité du pays. |
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